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12 octobre 202611 min de lecture

« Ce que ChatGPT gratuit vous coûte vraiment » : l’enquête vidéo de Tanguy Smykla, suivie de son interview

Il y a des vidéos qu’on a envie de partager parce qu’elles sont bien faites, et d’autres parce qu’on connaît la personne qui les a réalisées. « Ce que ChatGPT gratuit vous coûte vraiment », publiée le 8 octobre 2026 sur la chaîne YouTube Smecla, réunit les deux. Son auteur, Tanguy Smykla, a fait ses premières armes en apprentissage aux côtés d’Olivier Boeglen, qui anime Azure Informatique, à l’époque où celui-ci était responsable informatique d’une composante universitaire. Nous espérons, modestement, l’avoir aidé à découvrir et à exploiter son potentiel ; le chemin parcouru depuis, il ne le doit qu’à lui-même.

Tanguy est aujourd’hui consultant en marketing opérationnel. Diplômé d’un DUT MMI (Métiers du multimédia et de l’Internet), puis de deux licences professionnelles, en webdesign et en communication, il fait partie de ces profils compétents et dynamiques qui restent curieux de tout et attentifs aux tendances du numérique. Smecla est un projet personnel, mené en parallèle d’un emploi salarié, d’une activité indépendante et d’une vie de famille. Après une première vidéo consacrée à la stratégie de Spotify autour de l’IA, mise en ligne le 10 septembre 2026, celle-ci est sa deuxième, et il vise désormais une sortie toutes les trois semaines.

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Une enquête plutôt qu’un avis

Le point de départ est un adage que tout le monde connaît : « Quand c’est gratuit, c’est toi le produit. » Tanguy pose à ChatGPT une question banale, de celles que chacun pourrait taper un jour, et une publicité apparaît sous la réponse. Rien d’une mise en scène : OpenAI a annoncé ses publicités en janvier 2026, les a lancées aux États-Unis le 9 février, puis les a étendues le 24 août 2026 à 31 marchés européens, dont la France, pour les utilisateurs de la version gratuite et de la formule Go, la moins chère des offres payantes.

La facilité aurait été de conclure qu’OpenAI revend ce que nous lui écrivons. Tanguy fait l’inverse : il vérifie. L’entreprise affirme que les annonceurs n’ont accès ni aux conversations, ni à l’historique, ni à la mémoire, et qu’ils ne reçoivent que des statistiques globales ; elle assure aussi qu’aucun annonceur ne peut payer pour influencer les réponses. Tanguy explique avoir cherché à prendre ces promesses en défaut, sans y parvenir. Si personne n’achète nos conversations, la vraie question devient : qu’est-ce qui est vendu, exactement ? C’est tout le fil de la vidéo, et nous nous garderons bien d’en dévoiler la réponse.

Neuf minutes, un vrai récit

La vidéo, découpée en neuf chapitres, se déroule comme un récit. Elle part d’une déclaration de Sam Altman, le patron d’OpenAI, qui qualifiait en mai 2024, à Harvard, la publicité de « dernier recours » et disait trouver le mélange de la publicité et de l’IA particulièrement troublant. Elle passe ensuite par le problème d’argent qui pèse sur l’entreprise, puis par une première piste de financement, l’achat sans quitter la conversation : lancé fin septembre 2025, ce paiement intégré a été revu dès mars 2026, faute d’avoir convaincu. Elle détaille enfin la façon dont une publicité est choisie, et c’est là que l’enquête devient vraiment instructive.

Ce qui frappe, c’est la rigueur. Les 21 sources de la vidéo sont listées et datées dans sa description, des documents d’OpenAI aux articles de Reuters, de CNBC ou de franceinfo. Tanguy distingue ce qu’il sait de ce qu’il suppose, et il écarte lui-même un raccourci tentant : la publicité n’est pas née de l’échec de l’achat intégré, elle était préparée avant. Il ne cède pas non plus au réflexe de tout condamner : il reconnaît que la publicité finance l’accès de ceux qui ne pourraient pas payer un abonnement, qu’elle est séparée de la réponse et clairement signalée. C’est cette honnêteté qui rend la suite crédible.

Smecla résume sa démarche en une phrase : « Je passe des semaines sur des détails, pour que toi, tu n’en rates aucun. »

Côté forme, la narration est posée, les phrases courtes et le montage soigné, avec une bonne part de motion design réalisée à la main. Les habitués de YouTube reconnaîtront une petite inspiration : sans en faire trop, on pense à Léo Duff, vidéaste connu pour son regard critique sur la tech et son sens du récit. La comparaison s’arrête là, car Smecla a déjà sa propre identité, faite d’analogies du quotidien qui rendent concret un mécanisme abstrait. Pour une deuxième vidéo, le résultat est remarquable.

Ce que nous en retenons

Le sujet rejoint ce que nous défendons depuis le début : savoir où vont ses données et ce que l’on confie à un service. La vidéo montre que la question n’est plus seulement de savoir si quelqu’un revend nos mots, mais ce qu’un assistant comprend de nous pour nous répondre, et ce qu’il en garde. Tanguy élargit d’ailleurs le propos aux concurrents : Claude, chez Anthropic, et Gemini, chez Google, n’affichent pas de publicité aujourd’hui, et Anthropic s’est même engagée publiquement, en février 2026, à ce que Claude reste sans publicité. Mais, rappelle-t-il, un engagement public peut toujours être revu.

Pour celles et ceux qui préfèrent garder leurs échanges chez eux, il existe des solutions libres qui font tourner un modèle d’IA sur son propre matériel ; nous les avons présentées dans notre article Faire tourner son IA chez soi. Ce n’est pas une réponse à tout, mais c’est une façon de reprendre la main sur ce que l’on confie à une machine.

Et qui sait : une ou deux vidéos consacrées aux logiciels libres, réalisées avec Tanguy, feraient une belle suite à cette histoire commencée dans un service informatique universitaire. En attendant, regardez la vidéo jusqu’au bout et abonnez-vous à Smecla si elle vous plaît : une jeune chaîne vit de ses premiers abonnés. Vous trouverez ci-dessous les réponses de Tanguy à nos trois questions sur l’IA, son métier et la création de contenu.

Interview

Trois questions à Tanguy Smykla

Consultant en marketing opérationnel, créateur de la chaîne YouTube Smecla

Nous avons posé trois questions à Tanguy sur l’IA, son métier et la création de contenu. Il y a répondu par écrit ; ses réponses sont reproduites ci-dessous, avec quelques retouches de forme.

  1. Comment l’IA a-t-elle transformé ton travail, et ce que tu as appris pendant tes études t’aide-t-il encore aujourd’hui ?

    Un peu de contexte d’abord. Je suis salarié en CDI. En parallèle, je travaille à mon compte, discrètement, et je me suis lancé sur YouTube par passion, une passion découverte au fil de plusieurs expériences. Ça faisait un moment que je réfléchissais à me lancer. Je suis aussi papa, et j’ai besoin de faire du sport. Une journée fait 24 heures pour tout le monde, et tout concilier est parfois compliqué.

    Je ne dirais pas que l’IA a complètement transformé mon travail. Aujourd’hui, elle est à la fois un gain de temps énorme et un moyen de réaliser des choses hors de portée de mes seules compétences techniques.

    Ce que j’ai appris pendant mes études me sert toujours pleinement. J’ai suivi un DUT MMI (Métiers du multimédia et de l’Internet), puis deux licences professionnelles, en webdesign et en communication. On nous l’a souvent répété, et j’ai gardé ce credo : ce qu’on apprend en formation, ce sont des clés de compréhension. Elles permettent ensuite de mieux apprendre en autodidacte.

    Bien avant l’arrivée de l’IA, les métiers du web et de la communication demandaient déjà d’être attentif, de suivre les évolutions en permanence et de rester ouvert à apprendre de nouvelles choses, tous les jours. C’est cette philosophie qui me fait voir l’IA comme un outil à intégrer.

    Je fais toutefois une distinction entre mon emploi salarié et mon côté entrepreneur, à mon compte comme sur YouTube. Dans mon emploi salarié, mes acquis académiques restent aussi nécessaires qu’avant l’IA, et je les mobilise en permanence. J’utilise l’IA pour améliorer mon travail, produire plus et me faciliter certaines tâches. Mais on reste dans des structures où les relations humaines comptent : il faut convaincre et défendre un argumentaire en face à face.

    Je peux préparer mon travail en amont avec l’IA, mais une fois face à d’autres personnes, qui l’utilisent ou non, il suffit d’une question et je dois pouvoir répondre sans elle. J’ai donc besoin d’être sûr de moi et de comprendre ce que j’avance : c’est moi qui reste l’expert de ce que je fais. L’IA, elle, me permet de pousser mon analyse, de prendre en compte plus de contexte, d’aller plus loin, plus vite et plus facilement.

    Côté entrepreneur, c’est très différent. Ma formation me sert toujours, mais ses limites me freinent beaucoup moins. En tant qu’entrepreneur, on est globalement seul, et on n’a personne, ou presque, à convaincre pour avancer. L’IA permet de dépasser ses compétences et d’aller sur d’autres terrains, sans appréhension.

    Il y a aussi quelque chose de plus personnel : j’ai besoin de comprendre ce que je fais. Si je vais trop loin avec l’IA, j’ai le sentiment de perdre le contrôle, et ce contrôle est important pour moi. Le résultat n’est pas le bon ? Je dois pouvoir agir : rester critique et ouvert, maîtriser toute la chaîne pour intervenir moi-même.

    Je trouve la combinaison des deux excellente. En tant que salarié, j’agis en expert. Comme entrepreneur, je continue à développer mon expertise sur un véritable terrain de jeu et d’expérimentation. Et ce que j’y apprends devient à son tour un acquis.

  2. Quelle est ta vision de l’IA dans les métiers du numérique ?

    C’est un sacré bordel ! L’IA est partout. Elle bouscule tout et tout le monde. Il peut y avoir un côté anxiogène, mais je trouve aussi qu’il est parfois bon de donner un coup de pied dans la fourmilière, de tout casser pour mieux repartir.

    Je pense que ça va faire émerger de nouveaux artistes. Ils ne se sentiront plus bridés par leurs limites techniques et verront dans l’IA un atout pour leur créativité et pour passer à la réalisation. Et c’est certain : ça en tuera d’autres.

    Néanmoins, il existe selon moi un plafond de verre, et on l’atteindra bien plus vite qu’on ne le croit. L’IA se sert de ce que l’humain a créé avant elle. Si, à son tour, l’humain se sert de l’IA pour créer, on entre dans une boucle : tout finira par se ressembler et par perdre son âme. Et ça, ça se ressent, ça se voit.

    Mais ce n’est pas propre à l’IA. C’est une évolution normale, qui se vérifie même sans elle : regardez la tendance des logos, bien avant l’IA. Une typographie en capitales, sans empattement, rien, sans âme, parce que l’humain a sacrifié sa créativité au profit de la lisibilité. Tapez le nom d’une marque de luxe, puis d’une autre, puis d’une autre. L’IA atteindra seulement cette limite plus rapidement.

    Aujourd’hui, on croise un tas d’affiches 100 % IA, et ça se repère d’un coup d’œil. D’un côté, c’est chouette : ça permet à tout le monde de faire passer son information. De l’autre, c’est super moche, à la fois par la forme et par le nombre de personnes que ça met sur la touche, parce que « l’IA peut le faire, pourquoi je te paierais ? ». Je m’exprime en connaissance de cause : j’ai vécu la même chose en vendant des sites à des primo-entrepreneurs.

    Pourtant, je suis convaincu d’avoir vu passer des dizaines d’affiches qui mêlaient IA et travail humain, sans m’en rendre compte. C’est subtil, c’est maîtrisé, c’est organisé. Ce mélange-là correspond exactement à ma vision. Les affiches ne sont qu’un exemple : j’aurais pu parler des sites, des textes, etc.

    Même dans la création, l’humain garde la main. Du moins tant qu’il aura les compétences pour maîtriser l’outil, ce qui rejoint ma première réponse.

  3. Comment l’IA va-t-elle, selon toi, changer la création de contenu ?

    Elle va la changer, mais pas sur tout. Elle permet d’entrer dans des détails qu’on ne maîtrise pas forcément, et elle apporte un vrai gain de productivité. Mais sans humain, ça se ressent.

    Ma deuxième vidéo, consacrée à ChatGPT, en est un bon exemple. Je l’ai réalisée avec l’aide de Claude, qui a notamment dégrossi ma recherche et m’a aidé à structurer le plan. Côté motion design, toute la première partie est 100 % humaine. La seconde a été faite avec l’IA, puis intégrée à ma base de travail, reprise dans mes logiciels et retouchée à la main. Mine de rien, on voit tout de suite ce qui vient de moi et ce qui vient de l’IA.

    Pourquoi l’IA sur la seconde partie ? Je vise une sortie toutes les trois semaines, et la vidéo avait déjà une semaine de retard. Avec le quotidien que j’ai décrit, trouver du temps n’est pas toujours simple. L’IA m’a permis de tenir le rythme.

    J’aurais pu prendre plus de temps et tout faire moi-même : personne ne m’attend. Mais s’il y a bien quelque chose de vrai, c’est ça : fait, c’est mieux que parfait.

    En publiant cette vidéo, j’ai gagné sur tous les plans. Elle existe, elle vit, elle devient concrète. En y travaillant, j’ai développé des outils et des compétences que je pourrai réutiliser ou améliorer la prochaine fois. Et ainsi de suite, vidéo après vidéo : je me lance, j’ose.

    Mais si on retire l’humain de la création de contenu, il ne reste plus personne à qui s’identifier. Parce que celui qui consomme ce contenu, ce n’est pas l’IA : c’est vous, c’est nous. Et pour écouter, pour s’imprégner, on a besoin de s’identifier.

    Plus largement, l’IA change nos façons de travailler. Elle supprime des métiers et des intermédiaires, elle en crée d’autres, elle ouvre d’autres portes. Et ce n’est pas la première fois qu’une technologie fait ça.

    Imaginez un chantier sans pelleteuse : combien d’ouvriers avec une pelle faudrait-il pour faire le même travail ? Pourtant, la pelleteuse ne creuse pas seule : il faut quelqu’un aux commandes. Chaque grande transformation a fait peur au début, et celle de l’IA ne fait pas exception.

    Au fond, c’est peut-être la meilleure conclusion à tes trois questions : l’IA permet d’oser, là où l’on n’aurait pas pu, pas su ou pas trouvé le temps de se lancer pleinement.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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