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27 juillet 20263 min de lecture

CHATONS : les hébergeurs français qui refusent la publicité et l'exploitation des données

CHATONS, le « Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires », est lancé le 12 octobre 2016 par l'association Framasoft. Le collectif naît dans la foulée du succès inattendu de « Dégooglisons Internet », la campagne par laquelle Framasoft proposait sa propre gamme de services libres en alternative à Google : plutôt que de laisser ses outils devenir la réponse par défaut à cette demande, au risque de recréer la centralisation qu'elle combattait, l'association choisit de fédérer d'autres structures autour d'une charte commune. Vingt et une structures rejoignent l'aventure dès l'annonce, dont quatorze déjà opérationnelles.

Trois objectifs fondateurs

Le collectif se fixe trois objectifs, écrits noir sur blanc dans sa présentation : proposer aux internautes une offre de services libres respectueux de leur vie privée, donner de la visibilité aux structures qui partagent ces valeurs, et faire circuler l'information entre membres. L'ambition dépasse la somme de ces trois points : il s'agit, selon les mots mêmes du collectif, de résister à la « googlisation » d'Internet — reprendre du terrain, service par service, sur les plateformes qui concentrent aujourd'hui l'essentiel du trafic mondial.

Une charte en cinq critères

Cette ambition ne repose sur aucune obligation légale : elle tient à une charte que chaque membre signe et applique concrètement, organisée en cinq familles de critères — les cinq adjectifs de l'acronyme. Être « alternatif », c'est bannir toute régie publicitaire et toute exploitation commerciale des données des utilisateurs. Être « transparent », c'est documenter publiquement son infrastructure, sa politique de sauvegarde, et tenir un journal des incidents. Être « ouvert », c'est n'utiliser que des logiciels libres — sauf absence avérée d'alternative — et garantir à chacun de pouvoir repartir avec ses données, dans un format ouvert, à tout moment. Être « neutre », c'est refuser toute surveillance ou censure a priori et chiffrer sérieusement ce qui doit l'être. Être « solidaire », enfin, c'est aussi une contrainte économique concrète : l'écart entre le salaire le plus haut et le salaire le plus bas d'une structure membre ne peut dépasser un facteur 4.

Illustration « CHATONS » par David Revoy pour Framasoft, licence CC BY 4.0 — via Wikimedia Commons

Sous cette charte commune, les services concrets couvrent l'essentiel de ce dont un particulier ou une petite structure a besoin pour se passer des géants américains : messagerie, stockage et partage de fichiers façon cloud, visioconférence, pads d'écriture collaborative, sondages, VPN, listes de diffusion. Framasoft en fait partie au même titre que les autres, aux côtés d'hébergeurs comme Zaclys, Ouvaton ou Deuxfleurs — des associations, des coopératives, et une minorité d'entreprises, la plupart de taille modeste, réparties aujourd'hui dans près d'une centaine de structures membres pour plusieurs centaines de services actifs.

Un réseau francophone, sans franchise

Le collectif reste volontairement circonscrit au monde francophone — un choix formalisé en 2018, aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre de Strasbourg, où est né en parallèle Librehosters, un réseau international reprenant la même logique pour les structures non francophones. Pas de franchise, pas de structure faîtière qui imposerait un fonctionnement unique : chaque CHATONS reste juridiquement et techniquement indépendant, seule la charte les relie.

La preuve par l'entraide

Cette indépendance n'exclut pas l'entraide : au printemps 2020, quand le confinement a fait bondir du jour au lendemain la demande de services en ligne, Framasoft a redirigé une partie de son trafic vers d'autres membres du collectif moins saturés plutôt que de laisser ses propres serveurs s'effondrer.

Un réseau de petites structures indépendantes peut absorber un pic que chacune, seule, aurait mal encaissé.

C'est cette logique qui anime l'accompagnement proposé ici : plutôt que d'ouvrir un compte de plus chez un géant américain, identifier — sur l'annuaire public de chatons.org — la structure la plus proche capable d'héberger un site, une messagerie ou un cloud personnel, et aider à s'y installer correctement. Le logiciel libre et l'auto-hébergement n'ont de sens que s'ils restent accessibles à celles et ceux qui ne savent pas encore les faire tourner seuls.

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