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31 août 20266 min de lecture

49 Mo de RAM, 0 euro, licence libre depuis le 7 août : DockPanel veut remplacer cPanel et Plesk sur votre serveur

Gérer un serveur suppose d'habitude de jongler entre plusieurs outils : nginx pour les sites, un gestionnaire de conteneurs pour Docker, un client SSH pour la maintenance, un outil à part pour les sauvegardes, un autre pour la sécurité. DockPanel réunit tout cela dans quelques binaires Rust totalisant 47 Mo, sans base de données externe obligatoire, pour environ 49 Mo de RAM — contre 800 Mo pour cPanel, le panneau historique du secteur, qui facture en plus 15 dollars par mois, soit 180 dollars par an, rien que pour la licence. DockPanel, lui, est entièrement gratuit, sans palier payant ni fonctionnalité verrouillée derrière un abonnement — et depuis le 7 août 2026, il est même devenu, licence à l'appui, un logiciel authentiquement libre.

Ce qu'il fait à la place de cinq outils différents

Le panneau se compose de trois binaires Rust — un agent d'environ 21 Mo, qui exécute avec les droits root tout ce qui touche à Docker, nginx et aux certificats, une API d'environ 24 Mo, et une interface en ligne de commande d'1,7 Mo — couplés à une interface web en React 19. Il gère des sites statiques, PHP, Node.js ou Python avec nginx configuré et des certificats Let's Encrypt renouvelés automatiquement, des bases de données MySQL et PostgreSQL avec navigateur SQL intégré, et un catalogue de 147 modèles Docker en un clic répartis sur 14 catégories — WordPress, Nextcloud, Gitea, Grafana, n8n, Immich, Home Assistant ou Uptime Kuma, pour n'en citer que quelques-uns —, chacun avec reverse proxy, SSL et réseau qui se branchent automatiquement derrière l'application déployée.

Capture d'écran officielle DockPanel — via github.com/ovexro/dockpanel

Le reste du panneau couvre ce qui, ailleurs, demande en général un outil séparé pour chaque brique : un serveur mail complet — Postfix, Dovecot, DKIM, Rspamd contre le spam, webmail Roundcube inclus —, une section DNS qui pilote Cloudflare et PowerDNS avec vérification de propagation, DNSSEC et tunnels Cloudflare, un module CDN pour BunnyCDN et Cloudflare avec purge de cache, et un volet supervision avec sondes HTTP/TCP/ping, gestion d'incidents avec chronologie et post-mortems, page de statut publique, alertes sur Slack, Discord ou PagerDuty, et un point de collecte Prometheus livré avec son tableau de bord Grafana prêt à importer. Les sauvegardes, chiffrées et dédupliquées via Restic, partent vers S3, SFTP, Backblaze B2 ou Google Cloud Storage, avec vérification de restauration automatique.

Le déploiement, pensé pour ne pas perdre les habitués de cPanel ou Plesk

Côté mise en production, un simple push suffit : bascule atomique par lien symbolique, retour en arrière en un clic si le déploiement tourne mal, et un environnement de prévisualisation propre à chaque branche. Nixpacks reconnaît plus de 30 langages sans qu'aucun Dockerfile n'ait besoin d'être écrit à la main. Pour qui gère déjà des sites ailleurs, un assistant de migration importe sites, bases de données et boîtes mail depuis cPanel — avec un analyseur complet du format d'export —, ainsi que, en version bêta, depuis Plesk ou HestiaCP, en quatre étapes : sélection de la source, analyse de la sauvegarde, choix des éléments à reprendre, puis import.

Un même panneau peut aussi piloter plusieurs serveurs à la fois, avec des comptes revendeur en marque blanche pour les agences qui veulent proposer le service sous leur propre nom. Un terminal web avec enregistrement de session, un gestionnaire de fichiers, une palette de commandes au clavier, six thèmes et un coffre à secrets chiffré complètent l'ensemble — et si le panneau lui-même venait à planter, les sites continueraient de tourner : nginx et Docker sont des processus indépendants, DockPanel n'est qu'une couche de gestion par-dessus, qui redémarre seule via systemd.

Dans son propre README, le projet se résume sans détour : « the most feature-packed free server panel ever built » — le panneau serveur gratuit le plus complet jamais construit.

Un lancement chahuté, un incident bien réel — et cinq mois de correctifs publics

Cette ambition n'a pourtant pas convaincu tout le monde d'emblée. Le 23 mars 2026, l'auteur du projet présente DockPanel sur LowEndTalk, un forum anglophone spécialisé dans l'hébergement à bas coût, en précisant d'entrée qu'il l'a développé avec l'assistant de code Claude Code. La communauté se montre franchement sceptique face à un panneau serveur — donc un logiciel qui tourne en root sur une machine — construit à ce rythme avec une assistance IA aussi poussée. L'auteur revendique alors un audit de sécurité mené par ses soins, 18 vulnérabilités trouvées et corrigées, « zéro restante » : un membre du forum en trouve une nouvelle en quelques minutes, une faille permettant de faire pointer le lien envoyé par e-mail — inscription ou réinitialisation de mot de passe — vers n'importe quel site, y compris malveillant, en falsifiant simplement l'en-tête Origin de la requête.

Un autre incident, plus sérieux, survient le même mois : selon le blog Korben, une injection de commandes dans le formulaire de création de site a permis à un visiteur d'obtenir un accès root sur la machine de l'auteur lui-même — corrigée depuis, mais révélatrice d'un choix de conception assumé, l'agent tournant en root par nécessité puisqu'il est celui qui manipule Docker, nginx et les certificats. Depuis, le projet a répété le même exercice d'audit sans discontinuer : plus de 300 versions publiées depuis le 14 mars 2026, un changelog public qui documente chaque correctif sans en cacher aucun, et une page sécurité qui revendique aujourd'hui sept campagnes d'audit et 280 vulnérabilités trouvées et corrigées, la dernière remontant à avril 2026. Le projet reste développé par une seule personne, l'ingénieur roumain Ovidiu Drobotă selon Korben — un choix de gouvernance qui explique la vitesse de développement autant qu'il reste le principal facteur de risque.

Gratuit, et désormais réellement libre

La licence, elle aussi, a changé plusieurs fois en quelques mois. Annoncé sous licence MIT en mars 2026, DockPanel est ensuite passé sous Business Source License 1.1 — une licence qui autorisait l'usage gratuit mais restait, dans les mots mêmes du projet, « disponible en lecture du code source, pas open source », avec une conversion vers une licence libre repoussée à 2030. Le 7 août 2026, changement radical : DockPanel repasse sous AGPL v3, sans attendre 2030. N'importe qui peut désormais exécuter, lire, modifier et redistribuer le code sur autant de serveurs qu'il le souhaite, y compris commercialement — la seule obligation portant sur la republication du code modifié si le logiciel est proposé à des tiers comme un service en ligne. Le financement reste volontaire, via GitHub Sponsors et PayPal, sans qu'aucune fonctionnalité ne soit, aujourd'hui ou demain, réservée aux donateurs.

Reste la question de la comparaison avec le reste du marché : Plesk et HestiaCP tournent autour de 512 Mo de RAM, CloudPanel, plus léger, autour de 250 Mo — DockPanel, lui, tient dans 49 Mo, ou 109 avec sa base PostgreSQL embarquée, toujours pour zéro euro. Korben, qui l'a testé de son côté, le compare favorablement à Coolify ou à aaPanel, le clone gratuit de cPanel, en notant qu'aucun des deux ne couvre un périmètre aussi large. Le vrai changement du 7 août n'est cependant pas une fonctionnalité de plus dans un logiciel déjà bien pourvu : c'est le jour où DockPanel a cessé d'être un logiciel qu'on utilise à la merci d'un éditeur, pour devenir un logiciel qu'on possède réellement — exactement la logique déjà détaillée à propos de la vraie facture de l'informatique, et une piste sérieuse à évaluer pour quiconque paie encore, chaque mois, une licence de panneau d'hébergement.

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