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2 octobre 20266 min de lecture

F-Droid 2.0 : le magasin d’applications libres fait peau neuve, au moment où Google verrouille Android

Le 24 septembre 2026, F-Droid, le magasin d’applications Android réservé aux logiciels libres, a publié la version 2.0 de son application : la plus grosse mise à jour depuis dix ans, selon l’équipe. Interface repensée, recherche plus efficace, mises à jour automatiques par défaut : la refonte est réelle. Le calendrier, lui, n’a rien d’anodin. Six jours plus tard, Google commençait à imposer la vérification d’identité des développeurs Android dans quatre pays, une règle que F-Droid combat ouvertement et que Google prévoit d’étendre au monde entier en 2027.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, F-Droid est une alternative à Google Play fondée en 2010 par Ciaran Gultnieks. Son catalogue ne propose que des logiciels libres et open source, c’est-à-dire dont le code est public et modifiable par tous. Le projet ne suit pas ce que vous installez, et sa sélection met l’accent sur la vie privée et la liberté des utilisateurs. Autre particularité : F-Droid compile lui-même la plupart des applications à partir de leur code source public, sur sa propre infrastructure, puis les signe avec sa propre clé. Ce détail technique est au cœur de son conflit avec Google. L’application F-Droid elle-même est publiée sous licence GNU GPL version 3 ou ultérieure.

Une refonte en profondeur

F-Droid 2.0 n’est pas un simple coup de peinture. Selon l’annonce officielle, des composants clés ont été réécrits avec Kotlin Compose, la boîte à outils aujourd’hui standard pour construire les interfaces Android. Objectif affiché : alléger la maintenance et faciliter les contributions, pour consacrer plus de temps à améliorer l’expérience des utilisateurs et moins à lutter contre la dette technique, c’est-à-dire les vieux choix de code qui freinent chaque évolution. La navigation tient désormais en trois espaces : Découvrir, Rechercher et Mes applications. Cette version arrive après plus d’un an de travail et 14 versions de test, et le travail de développement de Torsten Grote sur la nouvelle application a été financé par NLnet, au titre du fonds Mobifree.

Capture d’écran de F-Droid 1.0.2 par rugk, licence CC0 — via Wikimedia Commons

L’écran Découvrir met en avant les applications récemment ajoutées ou mises à jour et, nouveauté, les plus téléchargées du dépôt. La recherche ne se limite plus aux noms : elle porte aussi sur les descriptions, les catégories et les contenus traduits, avec des progrès importants pour le chinois, le japonais et le coréen. L’espace Mes applications rassemble au même endroit les applications installées, les mises à jour et les problèmes éventuels. Le tout, insiste F-Droid, sans pister l’utilisateur ni chercher à le retenir toujours plus longtemps dans l’application, à rebours des boutiques grand public.

Quelques points méritent toutefois l’attention. F-Droid 2.0 exige Android 7.0 ou plus récent : un correctif apparu avec Android 7 a contraint l’équipe à abandonner Android 6, mais les anciennes versions de F-Droid continueront de fonctionner sur les vieux appareils. L’équipe reconnaît aussi que certaines fonctions familières ont changé, déménagé ou disparu au passage. Enfin, la version 2.0 télécharge et installe désormais les mises à jour par défaut ; les réglages existants restent respectés pour qui préfère garder la main. Rien de rédhibitoire, mais mieux vaut le savoir avant de mettre à jour une flotte de téléphones.

Le verrou de Google

Depuis le 30 septembre 2026, Google applique sa vérification des développeurs au Brésil, en Indonésie, à Singapour et en Thaïlande. Elle concerne tous les utilisateurs qui installent des applications depuis les boutiques participantes, sur les appareils certifiés fonctionnant sous Android 7 ou une version plus récente. Selon F-Droid, ces appareils certifiés représentent plus de 95 % des appareils compatibles Android hors de Chine. Et Google l’annonce sans détour : la vérification sera étendue en 2027 à toutes les applications, partout dans le monde, sur les appareils certifiés.

La page de présentation de F-Droid s’ouvre sur cet avertissement : « F-Droid is under threat. Google is changing the way you install apps on your device. »

F-Droid s’y oppose frontalement. Dans une lettre ouverte publiée le 24 février 2026, aux côtés de l’Electronic Frontier Foundation, de la Free Software Foundation Europe, de la Software Freedom Conservancy et de dizaines d’autres organisations, le projet dénonce un programme qui revient à faire payer les développeurs pour qu’ils remettent à Google une pièce d’identité officielle et enregistrent toutes leurs applications. Sa consigne est sans ambiguïté : « We unequivocally advise against signing up for this program, now or ever. » Le problème est aussi technique : comme F-Droid compile et signe lui-même la plupart des applications, son catalogue ne correspond pas simplement au modèle d’un développeur vérifié par application.

Google a fini par prévoir une échappatoire. Dans un billet de son blog pour développeurs, l’entreprise décrit un « advanced flow », un parcours avancé destiné aux utilisateurs expérimentés : activer le mode développeur dans les réglages, redémarrer le téléphone, patienter un jour (une seule fois), puis confirmer son identité par empreinte, reconnaissance faciale ou code PIN. L’installation d’applications de développeurs non vérifiés peut alors être autorisée pour 7 jours ou sans limite de durée. Google justifie ces étapes par la lutte contre les arnaques : le redémarrage coupe par exemple tout accès à distance ou appel en cours qu’un escroc utiliserait. Android Authority signale une seconde voie officielle, l’installation par ADB, l’outil en ligne de commande des développeurs, sans délai d’attente ni redémarrage.

La chronologie mérite d’être rappelée. En février, F-Droid affirmait qu’aucun parcours avancé ne serait disponible avant le verrouillage de septembre ; Google a ensuite annoncé ce parcours, ainsi que des comptes à diffusion limitée, pour le mois d’août. Ces comptes permettent aux étudiants, enseignants et amateurs de partager une application sur 20 appareils au maximum, sans pièce d’identité ni frais d’inscription. Ces concessions ne changent pas le fond : installer une application libre hors de Google Play devient une démarche d’exception, réservée à qui accepte de fouiller dans le mode développeur et d’attendre. Pour un utilisateur peu technique, c’est une barrière bien réelle.

Que faire dès maintenant ?

En France, rien ne change pour l’instant : la vérification ne s’applique aujourd’hui qu’au Brésil, en Indonésie, à Singapour et en Thaïlande. F-Droid 2.0 s’installe et s’utilise normalement, et c’est le bon moment pour le découvrir. Le déploiement étant progressif sur plusieurs semaines, la mise à jour peut tarder à arriver si vous utilisez déjà F-Droid. D’ici 2027, deux points seront à surveiller : la façon dont Google traitera les applications compilées et signées par F-Droid, et la disponibilité effective du parcours avancé promis.

Pour nos lecteurs, particuliers comme TPE et PME, l’enjeu dépasse F-Droid. Un téléphone professionnel sur lequel on installe un client Nextcloud, une messagerie chiffrée ou un gestionnaire de mots de passe libres dépend d’un canal de distribution dont Google fixe seul les règles. F-Droid 2.0 montre qu’une boutique libre et sans pistage peut offrir une expérience moderne ; la vérification des développeurs rappelle combien cette liberté reste fragile sur Android. Nous conseillons d’installer F-Droid dès maintenant sur les appareils compatibles, de privilégier les applications libres pour les usages sensibles et de suivre de près le calendrier de Google d’ici 2027.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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