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22 août 202610 min de lecture

+81 % en trois mois, +2 200 % en un an : la flambée de la RAM et des SSD n'est pas qu'une affaire d'intelligence artificielle

Le prix spot d'une puce mémoire DDR5 a quadruplé en un peu plus de deux mois fin 2025, de 6,84 à 27,20 dollars le gigaoctet ; les puces DDR4, elles, ont grimpé de 2 200 % sur l'année, selon Tom's Hardware. Le chiffre d'affaires mondial de l'industrie DRAM a bondi de 81 % au premier trimestre 2026, à 97 milliards de dollars, selon le cabinet TrendForce. Une explication revient partout : l'intelligence artificielle aspirerait toute la mémoire disponible pour ses centres de données. Elle n'est pas fausse. Elle est incomplète — et elle arrange remarquablement bien les trois entreprises qui fabriquent, à elles seules, la quasi-totalité de la mémoire vendue dans le monde.

Une flambée sans précédent, chiffres à l'appui

La pénurie ne se limite pas à la RAM. Le fabricant Kingston a signalé une hausse de 246 % du prix des wafers de silicium destinés à la mémoire flash NAND, le composant qui équipe les SSD, au premier trimestre 2026 par rapport à un an plus tôt. Un SSD grand public de 1 To, vendu autour de 45 dollars fin 2025, en coûtait près de 90 début 2026 — un doublement en quelques semaines, relevé par l'analyste américain Jim Handy (Objective Analysis), l'une des voix les plus suivies du secteur du stockage. Tom Coughlin, un autre analyste reconnu du secteur, relève dans une chronique publiée sur Forbes que les prix contractuels de la DRAM classique avaient déjà grimpé de 172 % sur un an dès le troisième trimestre 2025, avant même le pic du printemps 2026 : la hausse n'est donc ni un pic isolé ni un phénomène de quelques semaines, mais une tendance de fond installée depuis plus d'un an.

Dans le détail, au premier trimestre 2026, Samsung a vu son chiffre d'affaires mémoire progresser de 93,4 % en trois mois pour atteindre 37,3 milliards de dollars, SK Hynix de 62,5 % à 28 milliards, et Micron de 81,6 % à 21,75 milliards de dollars, selon TrendForce — qui prévoyait alors une nouvelle hausse de 58 à 63 % des prix contractuels pour le trimestre suivant. À eux trois, ils représentent plus de 90 % de la production mondiale de DRAM. Une telle concentration, combinée à une telle ampleur de hausse sur un composant présent dans chaque ordinateur, chaque smartphone et chaque console vendus dans le monde, n'a pas d'équivalent récent dans l'électronique grand public. L'explication la plus répétée, y compris par les fabricants eux-mêmes, tient en une phrase : l'intelligence artificielle a besoin de toute la mémoire qu'elle peut trouver.

La version officielle : l'IA a besoin de toute la mémoire disponible

Cette version n'est pas inventée. Les accélérateurs IA de Nvidia, AMD ou Google embarquent de la HBM (« High Bandwidth Memory »), une mémoire empilée en 3D directement à côté du processeur pour lui fournir des données beaucoup plus vite qu'une barrette de RAM classique. Produire de la HBM mobilise nettement plus de surface de silicium que la même capacité en DRAM ordinaire, pour une marge bien supérieure — un arbitrage que les trois fabricants ont tranché sans ambiguïté. Samsung vise une capacité de production de HBM en hausse d'environ 50 % d'ici fin 2026, SK Hynix s'est engagé à doubler son chiffre d'affaires HBM sur la même période, et les deux entreprises confirment que leur capacité HBM pour 2026 est déjà intégralement réservée par les géants du cloud — Microsoft, Google, Amazon et Meta en tête, selon SK Hynix et le site spécialisé DataCenterDynamics. Chaque wafer de silicium détourné vers la HBM est un wafer qui ne produit plus la DRAM ou la NAND classique dont dépendent PC, consoles et smartphones.

Photo Jacek Halicki / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le geste le plus radical vient de Micron, troisième fabricant mondial. Le 3 décembre 2025, l'entreprise a annoncé l'arrêt pur et simple de sa marque grand public Crucial, trente ans après sa création, avec un arrêt total des expéditions vers la distribution grand public prévu fin février 2026. « La croissance portée par l'IA dans les centres de données a provoqué une explosion de la demande de mémoire et de stockage », justifie Sumit Sadana, directeur général adjoint de Micron, qui évoque une décision nécessaire « pour améliorer l'approvisionnement de nos clients stratégiques, sur des segments à plus forte croissance ». Pour l'analyste Jim Handy, la logique est simple : en période de pénurie, un fabricant redirige sa production vers les marchés les plus rentables, et les commandes des géants du cloud — « plusieurs ordres de grandeur » plus importantes, selon lui, que celles des distributeurs grand public — l'emportent presque toujours. Le grand public n'est pas seulement moins prioritaire : il devient, pour la première fois, un marché qu'un des trois plus gros fabricants mondiaux choisit d'abandonner entièrement.

Ce que l'IA n'explique pas : une pénurie qui couvait depuis 2023

Cette histoire commence pourtant avant l'explosion de la demande en IA. En 2022 et 2023, le marché de la mémoire a traversé l'une des pires crises de surproduction de son histoire, avec des prix en chute libre et des pertes massives — SK Hynix a terminé l'année 2023 sur une marge nette négative d'environ 28 %. En réaction, les fabricants ont brutalement coupé leurs investissements : SK Hynix a réduit ses dépenses en capital de 50 %, Micron de 42 %, selon le cabinet Semiconductor Intelligence. Dans cette industrie, ce type de coupe met en général deux ans à se traduire en sous-capacité réelle. Autrement dit, le calendrier d'un manque de mémoire en 2025 était déjà à peu près écrit fin 2023 — bien avant que les investissements massifs des géants du cloud dans l'IA générative ne deviennent le sujet qu'ils sont aujourd'hui. L'IA n'a pas créé la pénurie : elle est arrivée au moment précis où l'industrie, par ses propres choix, n'avait plus la capacité d'y répondre.

La demande en IA a ensuite agi comme un accélérateur, pas comme la cause initiale. Plusieurs analystes du secteur du stockage rapportent que de grands fournisseurs de cloud ont passé des commandes ouvertes auprès des fabricants de mémoire, acceptant d'acheter toute la capacité disponible quel qu'en soit le prix — une garantie de revenu qui rend la HBM structurellement plus attractive que la DRAM grand public, vendue au détail, par petites quantités, à des marges bien plus modestes. Ces mêmes analystes qualifient ce mouvement de réallocation « structurelle » plutôt que de simple à-coup conjoncturel : un choix d'affectation des capacités, pas une contrainte physique insurmontable. La pénurie n'est peut-être pas qu'une conséquence subie de la demande : pour trois entreprises qui se partagent la quasi-totalité d'un marché, c'est aussi une occasion qu'il serait naïf de ne pas exploiter.

Trois entreprises, un casier judiciaire, une nouvelle plainte

Samsung, SK Hynix et Micron ne sont pas trois concurrents ordinaires : à eux trois, ils contrôlent plus de 90 % du marché mondial de la DRAM, et une part significative, quoique plus disputée face à Kioxia et Western Digital, du marché de la NAND. Ce n'est pas la première fois que ce trio — ou les entreprises qui l'ont précédé — est condamné pour s'être entendu sur les prix de la mémoire. Entre 1998 et 2002, le ministère américain de la Justice a démantelé un cartel international de la DRAM impliquant Samsung, Hynix, Micron et sept autres fabricants : Samsung a plaidé coupable et payé 300 millions de dollars d'amende, Hynix 185 millions, et au total quatre entreprises et dix-huit personnes ont été poursuivies, pour plus de 730 millions de dollars d'amendes cumulées et plusieurs cadres condamnés à de la prison ferme aux États-Unis. La Commission européenne a instruit le même dossier de son côté et infligé, en mai 2010, 331 millions d'euros d'amendes à dix fabricants pour s'être partagé des informations secrètes sur les prix entre 1998 et 2002 — 145 millions pour Samsung, 57 pour Infineon, 51 pour Hynix.

Le 25 juin 2026, dix-sept plaignants — particuliers et petites entreprises informatiques — ont déposé une nouvelle class action (un recours collectif) contre Samsung, SK Hynix et Micron devant le tribunal fédéral du district nord de la Californie, invoquant le Sherman Act, une loi antitrust américaine vieille de plus d'un siècle. Leur accusation : les trois entreprises se seraient servies du virage vers la HBM comme d'un prétexte pour restreindre délibérément la production de DDR3 et DDR4, dans le seul but de faire grimper les prix bien au-delà de ce qu'une pénurie naturelle aurait justifié — une hausse chiffrée dans la plainte à environ 700 % sur quatre ans. Les trois entreprises se défendent d'avoir simplement répondu à une demande réelle des centres de données. Le calendrier ne joue pas en leur faveur : au deuxième trimestre 2026, Samsung a affiché un bénéfice d'exploitation record de 62 milliards de dollars, et SK Hynix a vu son chiffre d'affaires bondir de 257 % et son bénéfice d'exploitation de 557 % sur un an, portés tous deux par la vente de mémoire. À eux deux, ils ont dégagé environ 104 milliards de dollars de bénéfice d'exploitation sur un seul trimestre — de quoi nourrir la méfiance des dix-sept plaignants californiens, bien au-delà de leur seul dossier judiciaire.

Trois entreprises qui ont déjà plaidé coupable d'entente sur les prix de la RAM ne devraient pas bénéficier du doute au moment précis où leurs profits battent des records.

Ce que ça change, concrètement

Ces hausses se répercutent sans filtre sur les prix de vente. Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus ont tous confirmé des hausses de 15 à 30 % sur leurs gammes PC pour 2026 ; HP a indiqué à ses investisseurs que la mémoire représente désormais environ 35 % du coût des composants d'un PC, contre 15 à 18 % un trimestre plus tôt seulement. Les consoles ne sont pas épargnées : la PS5 est passée de 499,99 à 649,99 dollars en avril 2026 (+30 %), la Xbox Series X de 499,99 à 799,99 dollars et la Series S de 349,99 à 599,99 dollars en août (+60 % et +71 %), la Switch 2 de 449,99 à 499,99 dollars en septembre. Attention toutefois à ne pas tout mettre sur le compte de la mémoire : les premières hausses Xbox, dès mai 2025, avaient été attribuées par Microsoft à des « conditions macroéconomiques », un euphémisme pour les droits de douane décidés par l'administration Trump — un facteur totalement distinct de la pénurie de mémoire, qui s'y est ajouté plutôt que de s'y substituer. Les smartphones d'entrée de gamme, sous 200 dollars, subissent la hausse la plus violente : entre 20 et 30 % de coût de composants en plus depuis le début de l'année, selon plusieurs cabinets d'analyse cités par CNBC.

Personne ne promet de retour à la normale à court terme. En février 2026, le PDG d'Intel Lip-Bu Tan a rapporté que ses interlocuteurs chez les fabricants de mémoire lui annonçaient « aucun soulagement avant 2028 ». TrendForce, plus mesuré, prévoit un ralentissement de la hausse au troisième trimestre 2026 (+13 à 18 % sur la DRAM, +10 à 15 % sur la NAND) mais aucune décrue avant 2027 au plus tôt, le temps que les nouvelles usines annoncées par Micron et SK Hynix entrent en production. Une inconnue subsiste : la montée en puissance du fabricant chinois CXMT (ChangXin Memory Technologies), dont l'entrée en Bourse a ravivé, chez les investisseurs de Samsung, les doutes sur la rentabilité à long terme des plans d'investissement du géant coréen. En attendant, la meilleure protection reste la même que celle déjà détaillée à propos des licences logicielles qui explosent sans prévenir : auditer les besoins réels avant d'acheter, prolonger la vie du matériel existant plutôt que le remplacer par réflexe, et se méfier d'un vendeur pressé de faire signer une configuration surdimensionnée, alors que chaque gigaoctet de mémoire coûte, précisément, plus cher que jamais. C'est l'approche qu'Azure Informatique applique systématiquement dans ses audits, gratuits, avant toute recommandation de matériel.

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