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14 octobre 20266 min de lecture

Watertrek a perdu 600 Go chez Microsoft : la fin d’une offre gratuite rappelle aux associations le prix de la dépendance

L’association française Watertrek, qui œuvre à la protection de l’eau et des écosystèmes aquatiques, a perdu début juin 2026 l’accès aux 600 Go de données qu’elle stockait dans Microsoft 365, rapporte Next. Selon elle, sa licence courait pourtant jusqu’au 18 octobre 2029. Malgré une mise en demeure adressée en août à la filiale française de Microsoft, elle n’a toujours pas récupéré ses données. En cause : la fin d’une offre gratuite que l’éditeur réservait aux associations, et une suppression de données que Microsoft reconnaît désormais avoir déclenchée par erreur.

Le point de départ remonte à mai 2025. Microsoft annonce alors la fin de son offre gratuite qui permettait aux organismes sans but lucratif d’utiliser Microsoft 365 Business Premium et Office 365 E1, à partir du 1er juillet 2025. Aucune bascule automatique n’est prévue : Microsoft ne rétrograde personne d’office, et chaque association doit modifier elle-même ses licences depuis sa console d’administration. À défaut, prévient alors Tech Impact, elle s’expose à une interruption de service et à une perte de données. Selon IT-Connect, plus de 400 000 organisations auraient pu bénéficier de cette offre.

Microsoft n’abandonnait pas tout à fait les associations : l’éditeur continuait d’offrir jusqu’à 300 licences de Microsoft 365 Business Basic, et proposait des remises pouvant atteindre 75 % sur ses formules Business Premium et E1. Mais la transition a laissé des organisations sur le carreau. Next relève que des données ont même été supprimées alors que l’abonnement avait bien été renouvelé. Le responsable d’une autre organisation, cité par IT-Connect, affirme avoir renouvelé sa licence en octobre 2025 et reçu un courriel de confirmation ; le 11 juin 2026, il constate que toutes les données stockées chez Microsoft ont disparu. Le support lui indique d’abord qu’elles sont récupérables, avant d’affirmer le contraire.

Une erreur reconnue, des données perdues

Photo de Mschau (030 Datenrettung), licence CC BY-SA 3.0 — via Wikimedia Commons

Dans un article publié le 28 septembre 2026, le site The Register rapporte que Microsoft a fini par admettre qu’une fois les délais de préavis écoulés et les abonnements résiliés, une erreur avait entraîné la suppression des données restantes avant la fin de la période de conservation. L’éditeur se dit incapable, pour l’instant, de fournir la liste des données qui ont pu être supprimées, ni même de dire si des données l’ont été. Il n’a précisé ni le nombre d’associations touchées, ni l’avance prise par la suppression, ni la cause de l’erreur.

Après avoir étudié les options de récupération, Microsoft le reconnaît : les données effacées par erreur ne peuvent pas être restaurées.

Pour toute réponse, l’éditeur dit regretter l’impact de cette erreur et propose aux organisations touchées un service d’accompagnement gratuit, comprenant un rendez-vous avec un spécialiste Microsoft pour les aider à configurer un nouvel environnement Microsoft 365. Autrement dit, la solution proposée consiste à tout reconstruire chez le même fournisseur. Microsoft avance aussi que les contenus effacés étaient liés à un abonnement Business Premium expiré, alors que Watertrek affirme que sa licence courait jusqu’en 2029. Quant au chiffre d’environ 171 000 associations qui auraient perdu leurs données OneDrive, relayé par IT-Connect, Microsoft ne l’a pas communiqué officiellement à ce jour.

Ce que prévoit Microsoft sur le papier

Sur le papier, pourtant, le parcours est balisé. Selon la documentation officielle de Microsoft, qui s’applique à tous les abonnements Microsoft 365 pour les entreprises, un abonnement qui se termine passe par plusieurs états avant d’être supprimé : actif, expiré, désactivé, puis supprimé. Pendant la phase de désactivation, les utilisateurs ne peuvent plus accéder aux services, mais les administrateurs peuvent encore consulter les données et les sauvegarder. Pour un abonnement annulé, les données peuvent être supprimées après 90 jours, et le sont au plus tard 180 jours après l’annulation. Une fois l’abonnement supprimé, en souscrire un nouveau du même type ne restaure pas les données.

C’est précisément ce filet de sécurité qui a manqué. Encore faut-il être prévenu à temps : selon cette même documentation, l’administrateur reçoit une série de notifications par courriel et dans le centre d’administration à l’approche de la date de fin. IT-Connect rappelle que Microsoft avertit les comptes administrateurs des tenants (l’espace propre à chaque organisation), et que certains ne consultent jamais la boîte aux lettres rattachée à ce compte. Si personne ne surveille cette adresse, l’alerte passe inaperçue, et l’association découvre le problème le jour où ses fichiers ont disparu.

Gratuit ne veut pas dire garanti

Cette affaire illustre une dépendance que bien des structures sous-estiment. Une offre gratuite reste une décision commerciale, que son fournisseur peut modifier ou retirer quand il le juge utile ; d’après Next, Microsoft avait justifié la fin de celle-ci par la volonté de rationaliser ses aides. Lorsque fichiers, messagerie et documents partagés ne vivent que dans un seul service, l’organisation n’en garde la maîtrise qu’aussi longtemps que le fournisseur le permet. Microsoft le rappelle d’ailleurs dans sa documentation : il recommande, à qui quitte Microsoft 365, de sauvegarder ses données avant leur suppression. Encore faut-il disposer d’une copie ailleurs que chez le fournisseur qui peut l’effacer.

IT-Connect en tire une leçon sans détour : OneDrive n’est pas une sauvegarde. Dans une analyse publiée le 10 octobre 2026, le site Rack2Cloud arrive à la même conclusion : la période de conservation d’un fournisseur n’est pas un moyen de restauration, et la copie de secours doit appartenir à l’organisation elle-même. Un service de stockage en ligne n’est qu’un endroit où l’on range ses fichiers ; si l’accès est coupé ou si le contenu est effacé, il ne reste rien sans copie ailleurs. Une véritable sauvegarde suppose au moins une copie complète des données hors du service principal, sur un support que l’organisation contrôle (disque externe, serveur ou hébergeur distinct), et des restaurations testées de temps en temps. Il est tout aussi utile de désigner plusieurs administrateurs et de surveiller l’adresse qui reçoit les avis d’échéance.

Des outils libres pour les associations

Les associations qui veulent sortir de cette dépendance disposent d’alternatives libres. Le service Framaspace, par exemple, propose un espace de travail collaboratif réservé pour le moment aux associations et aux collectifs militants. Il est gratuit, sans publicité, et repose sur Nextcloud, un logiciel libre : sa licence permet d’en étudier le code et de l’installer sur son propre serveur. Les limites sont claires : chaque espace accueille au plus 50 comptes et 50 Go partagés entre tous les membres. Comme Nextcloud peut être installé ailleurs, une association n’est pas prisonnière d’un seul fournisseur ; mais là encore, une copie de sauvegarde indépendante reste indispensable.

Pour une TPE, une PME ou un particulier, la leçon vaut au-delà du cas Microsoft : tout service en ligne, gratuit ou payant, peut changer ses conditions, couper un accès ou perdre des données. Les bonnes questions sont simples : où se trouvent réellement nos fichiers, qui peut les supprimer, et en possédons-nous une copie que nous contrôlons ? C’est le genre de vérification que nous menons avec les personnes accompagnées, dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit et dans la mesure de nos disponibilités : faire l’inventaire des données confiées à un fournisseur, mettre en place une sauvegarde indépendante et, quand c’est pertinent, préparer le passage à des outils libres.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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