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20 octobre 20266 min de lecture

OVHcloud entraîne sa propre IA et la promet en open source : un calendrier flou et une licence encore inconnue

L’entreprise française de cloud OVHcloud ne veut plus seulement louer des serveurs à ceux qui développent l’intelligence artificielle : elle entraîne son propre grand modèle de langage, le type de programme qui fait fonctionner les assistants conversationnels. Le 20 octobre 2026, deux articles ont donné des nouvelles du projet, avec deux calendriers différents : une publication en open source fin novembre selon une interview accordée à La Tribune, un lancement début 2027 selon une dépêche de Reuters. Voici ce qui est établi, et ce qui reste à prouver.

Dans cet entretien, rapporté par Presse-citron, Octave Klaba, patron d’OVHcloud, affirme que la première version arrive au bout de son apprentissage : « Nous sommes en train de terminer l’entraînement de la v1. » Il promet un modèle différent des autres, « très en avance sur son temps, sur le plan de l’architecture », et cible trois usages : « le cyber (défensif et offensif), le codage, ainsi que les tâches agentiques ». On parle d’« agent » quand l’IA ne se contente pas de répondre, mais enchaîne elle-même des actions, comme ouvrir des fichiers ou lancer des commandes.

Photo de Velvet, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Le même jour, une dépêche Reuters traduite par Zonebourse indique, toujours selon Octave Klaba, qu’OVHcloud prévoit de lancer son premier modèle d’intelligence artificielle début 2027. Ce modèle reposera sur une architecture dite à mélange d’experts : plutôt que de mobiliser tout le réseau pour chaque demande, elle répartit le travail entre des sous-ensembles spécialisés. Nous ne savons pas si les deux échéances, fin novembre et début 2027, désignent la même étape, et aucune des pages officielles d’OVHcloud que nous avons consultées ne fixe de date. Tant que le modèle n’est pas téléchargeable, il faut donc le considérer comme une intention annoncée.

Un projet lancé au printemps

Le projet ne sort pas de nulle part. En mars 2026, OVHcloud a annoncé un accord ferme pour racheter Dragon LLM, une société française fondée sous le nom de Lingua Custodia pour le secteur financier. Selon le communiqué de l’hébergeur, ce rachat marque le lancement de son laboratoire d’IA, chargé d’entraîner et d’ajuster des modèles de langage dits souverains. Ajuster, c’est spécialiser un modèle existant en le réentraînant sur les données d’un domaine précis. L’objectif affiché : proposer des services d’IA générative pour les données sensibles, installables dans le nuage comme dans les locaux du client. Next précisait que le montant de l’opération n’avait pas été communiqué.

En juin 2026, au salon VivaTech, Octave Klaba avait détaillé son ambition auprès de Reuters, dans une dépêche reprise par Boursorama : le pré-entraînement d’un modèle avait été mené à bien sur Jupiter, présenté comme le supercalculateur le plus rapide d’Europe. Selon lui, un projet qui aurait autrefois coûté environ un milliard d’euros pouvait désormais être entrepris pour un budget de 150 à 200 millions d’euros. Il assurait aussi qu’OVHcloud n’utiliserait pas les données de ses clients pour entraîner ses modèles, et que ceux-ci passeraient en open source dès qu’ils auraient atteint un niveau de performance suffisant. Solutions Numériques résumait alors : un objectif final, sans calendrier précis.

Octave Klaba, dans La Tribune : « Nous pensons le publier en open source fin novembre. »

L’atout des centres de données

Pour défendre son projet, Octave Klaba met en avant un atout que peu de concepteurs de modèles possèdent : selon Presse-citron, il rappelle que l’entreprise dispose de 250 mégawatts de puissance électrique dans des centres de données qui lui appartiennent. La dépêche de Reuters précise que 140 MW sont en exploitation et que 110 MW restent prêts à accueillir de nouvelles activités. Toujours selon Presse-citron, OVHcloud veut ainsi éviter de dépendre d’un fournisseur tiers qui pourrait lui couper l’accès à tout moment. C’est l’argument de l’indépendance, que l’hébergeur applique désormais aux modèles d’IA eux-mêmes et plus seulement aux serveurs.

Le futur modèle a une destination toute trouvée. En juin 2026, OVH Labs a présenté en préversion OVHai Workspace, une plateforme qui réunit messagerie, stockage en ligne et visioconférence, et y associe un moteur de recherche doté de fonctions d’IA agentique, avec lesquelles des actions complexes peuvent être automatisées. Selon l’éditeur, lorsque le chiffrement est activé, la recherche et les fonctions d’agent s’exécutent directement sur l’ordinateur ou le téléphone de l’utilisateur. Une version bêta est annoncée pour l’OVHcloud Summit, en novembre. La page officielle présente la plateforme comme ouverte aux applications partenaires, mais ne dit pas qu’elle sera publiée sous licence libre.

Open source : une promesse à vérifier

Reste le mot qui comptera le plus pour nos lecteurs : open source. Appliqué à l’IA, il recouvre des réalités très diverses. L’Open Source Initiative (OSI), qui publie la définition de référence du logiciel open source, a établi une définition propre à l’IA. Elle exige des informations suffisamment détaillées sur les données d’entraînement, le code source complet servant à entraîner et à faire fonctionner le système, ainsi que ses paramètres, c’est-à-dire les poids du modèle. Elle exige aussi le droit de l’utiliser pour tout usage sans demander la permission, de l’étudier, de le modifier et de le partager. Un modèle dont seuls les poids sont téléchargeables n’est pas open source au sens de cette définition.

En se lançant sur ce terrain, OVHcloud se retrouve face à Mistral, que Presse-citron présente comme l’auteur de l’un des meilleurs modèles d’IA ouverts au monde ; la dépêche de Reuters voit d’ailleurs dans l’hébergeur un concurrent européen potentiel de Mistral. Octave Klaba en profite pour critiquer la politique européenne : selon la dépêche de Reuters, il juge les stratégies nationales relatives aux gigafactories d’IA prévues par l’Union européenne « vouées à l’échec ». Ces jugements sont ceux d’un dirigeant d’entreprise lancé dans la même course : ils méritent d’être lus comme une prise de position, pas comme un constat.

Plusieurs inconnues demeurent. Les annonces que nous avons lues ne précisent ni la licence retenue, ni la part des données d’entraînement qui sera documentée, ni la taille du modèle, ni le moindre résultat de test comparatif. Ce sont pourtant ces éléments qui diront si la v1 sera réellement réutilisable, modifiable et intégrable par une entreprise ou une collectivité, ou seulement téléchargeable. Il faudra aussi vérifier, à la publication, la promesse d’une architecture « très en avance sur son temps » : sur ce point, seuls des tests indépendants feront foi.

Pour les TPE, les PME et les particuliers, l’enjeu est concret. Un modèle français réellement ouvert pourrait fonctionner sur une machine que l’on maîtrise, avec des outils libres, sans envoyer ses documents à un service distant. Mais tant qu’il n’est pas publié, rien ne permet de dire s’il sera assez léger pour un ordinateur ordinaire, ni sous quelle licence il sera diffusé. Notre conseil : attendre la publication, lire la licence et la documentation avant toute adoption, et ne pas confondre un modèle téléchargeable avec un service d’IA hébergé, même en France. Le moment venu, l’accompagnement bénévole et gratuit d’Azure Informatique peut aider à tester un modèle ouvert sur votre propre matériel, dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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