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19 octobre 20266 min de lecture

plMail : toutes vos boîtes mail réunies dans une seule interface libre, sur votre serveur, à condition de soigner la sauvegarde

Une adresse Gmail pour les échanges personnels, une boîte Outlook pour le travail, un compte chez un petit hébergeur pour l’association : beaucoup d’entre nous passent d’un onglet à l’autre pour suivre leur courrier. plMail, un logiciel libre publié sous licence AGPL-3.0, veut mettre fin à cette gymnastique. Il rassemble toutes ces boîtes dans une interface unique, inspirée de Gmail, que l’on installe sur son propre serveur. Le site spécialisé noted.lol lui a consacré un article détaillé, sur lequel nous nous appuyons avec la documentation du projet. Le logiciel est prometteur, mais encore jeune, et son adoption demande quelques précautions.

Il faut d’abord comprendre ce que plMail est, et ce qu’il n’est pas. C’est un client de messagerie, pas un serveur de courrier : il ne reçoit aucun message depuis Internet et n’héberge pas votre nom de domaine. Il se connecte à vos comptes existants par IMAP, le protocole standard qui permet de lire des messages restés chez leur fournisseur, ainsi qu’à Gmail et Outlook. Il copie ensuite le courrier dans une base de données PostgreSQL installée sur votre serveur. Vos fournisseurs actuels continuent d’acheminer les messages : rien ne change pour vos correspondants.

Côté interface, le projet aligne les fonctions qu’on attend d’une messagerie moderne : une boîte de réception unifiée, des conversations regroupées en fils, des onglets de catégories, des dossiers et des libellés. La recherche accepte des opérateurs comme from:, subject:, label: ou has:, complétés au fil de la frappe. Les filtres se construisent sous forme d’arbre, et le logiciel indique combien de messages existants ils concernent avant l’enregistrement. Les nouveaux courriers arrivent en temps réel grâce à IMAP IDLE, un mécanisme par lequel le serveur prévient le client dès qu’un message arrive, ainsi qu’aux notifications de Gmail et d’Outlook. L’interface existe en anglais, en allemand, en français et même en « pirate ».

Capture d’écran officielle du projet plMail (données de démonstration) — via github.com/karatektus/pl_mail

plMail ne s’arrête pas au courrier. Un agenda se place à côté de la boîte de réception et se synchronise avec Google, Microsoft et CalDAV, le standard ouvert utilisé par de nombreux serveurs d’agenda libres. Deux applications mobiles, l’une pour Android, l’autre pour iOS, se connectent à votre propre serveur plMail. Selon noted.lol, le mainteneur juge l’application Android utilisable au quotidien, mais reconnaît que celle pour iOS demande encore du travail. Mieux vaut donc ne pas compter sur l’iPhone comme principal outil de lecture pour l’instant.

Une IA facultative, éteinte par défaut

Comme beaucoup de projets récents, plMail propose des fonctions d’intelligence artificielle : une recherche par le sens, la rédaction de brouillons de réponse, le résumé d’une conversation et le tri automatique du courrier dans les onglets. Bon point : ces quatre fonctions sont désactivées par défaut, et chacune s’active séparément. Selon la documentation du projet, le courrier n’est transmis qu’à l’hôte du modèle que vous désignez, et avec un modèle installé sur votre propre machine, par exemple avec Ollama, rien ne quitte votre réseau. Si vous branchez un service d’IA distant, vos messages partiront en revanche chez lui. Ce choix vous appartient, et il mérite réflexion avant d’activer quoi que ce soit.

Installation : Docker ou TrueNAS

L’installation officielle passe par Docker Compose, un outil qui lance en une commande plusieurs logiciels dans des conteneurs isolés. Le projet publie des images pour les processeurs AMD64 et ARM64, ce qui couvre les serveurs classiques comme de nombreux nano-ordinateurs. Une fois la configuration récupérée, la commande docker compose up -d démarre l’ensemble. Au premier démarrage, l’installation génère les secrets de l’application et demande l’adresse publique à laquelle vous voulez accéder au service. Les possesseurs d’un NAS sous TrueNAS trouvent aussi plMail dans le catalogue communautaire du système, dont l’assistance et la maintenance relèvent de la communauté TrueNAS, et non de l’éditeur de TrueNAS lui-même.

Ajouter une boîte IMAP classique se fait depuis la page des réglages. Gmail et Outlook demandent davantage de travail : il faut d’abord créer des identifiants OAuth chez Google ou chez Microsoft. OAuth est une procédure d’autorisation qui évite de confier son mot de passe à l’application, mais qui impose de passer par les consoles de développement de ces deux entreprises. La documentation signale un piège : Google fait expirer les jetons d’une application restée au statut « Testing », ce qui provoque une déconnexion du compte Gmail chaque semaine. Autre limite relevée par noted.lol : la prise en charge de Proton Mail Bridge reste limitée par des détails de gestion des certificats qui doivent encore être testés.

Sauvegarde et maintenance : prudence

La sauvegarde est le point le plus délicat. Le projet demande de sauvegarder séparément deux éléments : les données PostgreSQL et le fichier var/secrets/generated.env. La base contient le courrier ; la clé rangée dans ce fichier déverrouille les identifiants de vos boîtes, qui sont chiffrés avant d’être enregistrés. Selon la documentation, perdre cette clé signifie perdre les mots de passe enregistrés. noted.lol prévient qu’en restaurant l’un sans l’autre, on peut se retrouver avec une archive de messages, sans pouvoir déverrouiller les identifiants des boîtes enregistrées. Une sauvegarde de la seule base de données ne suffit donc pas.

plMail repose sur une seule personne : sa politique de sécurité précise que le logiciel est maintenu sur le temps libre de son unique mainteneur.

Il faut aussi regarder qui fait vivre le logiciel. La politique de sécurité de plMail promet une réponse sous quelques jours à qui signale une faille, mais les correctifs ne vont que dans la branche principale et dans la version suivante : les anciennes versions ne sont pas corrigées, il faut donc mettre à jour. Le rythme est soutenu, avec les versions 0.3.4 et 0.3.5 publiées le 13 octobre 2026, puis la 0.3.6 le 16 octobre 2026, qui corrige notamment l’import de plusieurs comptes Gmail. noted.lol rappelle enfin que la maintenance repose sur une seule personne et qu’un correctif peut donc prendre du temps.

Parce que plMail synchronise votre courrier dans sa propre base, il en crée une copie de plus, et sensible : la sécurité du serveur devient votre affaire. noted.lol recommande un accès en HTTPS avec un certificat reconnu, la double authentification pour le compte administrateur, et déconseille d’exposer à la légère une installation expérimentale sur Internet. Le site suggère aussi de tester d’abord le logiciel avec une adresse secondaire avant de lui confier tout son courrier. Sa conclusion est mesurée : plMail n’est pas un remplaçant achevé de toutes les fonctions de Gmail.

Pour un particulier ou une petite structure qui gère plusieurs adresses, plMail offre une idée séduisante : réunir ses boîtes sans déménager son courrier, dans un logiciel libre dont on garde la maîtrise et dont l’IA reste éteinte tant qu’on ne l’a pas voulu. Il suppose en revanche un serveur à entretenir, des mises à jour suivies de près et une double sauvegarde vérifiée. Pour une TPE dont la messagerie est vitale, mieux vaut attendre que le projet mûrisse et l’essayer d’abord sur une boîte de test. Si vous souhaitez évaluer cet outil ou une autre solution libre pour votre courrier, nous pouvons vous aider à y voir clair, dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit et dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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