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2 octobre 20266 min de lecture

postmarketOS devient Nura : un nouveau nom, une association belge et une route encore longue vers le smartphone Linux du quotidien

Fin septembre 2026, postmarketOS, la distribution Linux qui veut faire durer les smartphones, a officiellement changé de nom : elle s’appelle désormais Nura. Dans la foulée, le projet a officialisé une association de droit belge et publié une feuille de route pour rendre enfin quelques téléphones utilisables au quotidien. Nous faisons le point sur ce qui change réellement, sur ce qui reste à construire, et sur ce que cela signifie si vous envisagez de remplacer Android.

Lancé le 26 mai 2017, le projet est un système d’exploitation pour smartphones bâti directement sur Alpine Linux, et il contribue en retour à l’écosystème Linux dont il dépend. Il s’appuie sur le noyau Linux officiel, maintenu en amont par la communauté, et s’efforce de travailler avec les projets concernés plutôt que de garder ses modifications pour lui. Plusieurs interfaces sont proposées, dont GNOME, KDE, Phosh et Sxmo. D’après Wikipédia, le projet vise un cycle de vie de dix ans pour les smartphones, et environ 723 modèles d’appareils étaient pris en charge en février 2026 : un chiffre à relativiser, nous y reviendrons.

La mission affichée sur la page d’accueil est limpide : « Nura develops free and open-source software to extend the life of consumer electronics. » Autrement dit, développer des logiciels libres pour prolonger la vie des appareils électroniques. Le projet se démarque explicitement des systèmes d’Amazon, de Google, de Microsoft et même d’Apple : ni surveillance, ni ventes additionnelles poussées à l’utilisateur. Il revendique aussi de donner à chacun le contrôle complet de son appareil, au service d’une société qu’il veut plus saine et plus durable.

Un nom plus simple, et protégeable

Photo d’Ungeskriptet, domaine public (CC0 1.0) — via Wikimedia Commons

Le nouveau nom a été choisi au terme d’un processus de sélection d’un an et demi. Nura est l’abréviation de Nuraghe, d’anciennes constructions de granit de Sardaigne, datées de 3000 av. J.-C. ou plus anciennes, dont beaucoup sont toujours debout : l’équipe y voit un symbole de stabilité, cohérent avec l’idée de garder les appareils utiles longtemps. Proposé par un membre de la communauté, Davide Depau, il a été retenu parmi plus de 300 suggestions. Un groupe de sélection en a gardé 4, vérifiées pour éviter des connotations gênantes dans le plus grand nombre de langues possible, avant que l’équipe fasse son choix.

Les raisons avancées sont très concrètes. « postmarketOS » était long, difficile à prononcer et à retenir dans beaucoup de langues, et sa capitalisation déroutante produisait toutes sortes de variantes. Surtout, ce nom descriptif ne correspondait plus à la réalité depuis que PINE64 a vendu des PinePhone avec le système préinstallé. Un nom descriptif ne peut pas non plus être déposé comme marque, ce qui empêchait de protéger les utilisateurs contre des usages frauduleux du nom. Une demande de marque a déjà été déposée pour Nura. Le logo, lui, ne change pas, à quelques retouches de lisibilité près.

Le nom de domaine a, lui aussi, son histoire. Le propriétaire de nura.org n’a pas voulu le céder à un prix raisonnable ; l’équipe s’est donc tournée vers l’extension .eco, destinée aux acteurs « committed to positive change for the planet » et encadrée par des règles contre l’écoblanchiment. La transition prendra du temps : l’équipe prévient que le renommage de tous les textes visibles par l’utilisateur risque de durer, et le nom postmarketOS n’a pas encore disparu partout. L’adresse de contact du bureau, par exemple, n’a pas encore migré vers nura.eco.

La devise de Nura tient en une phrase : « We think that devices should remain useful until they break. »

Une association belge plutôt qu’américaine

Le projet a ensuite annoncé la création de son entité juridique : la NURA PROJECT ASBL, une association sans but lucratif enregistrée en Belgique. L’objectif est de pouvoir représenter le projet, signer des accords et recevoir des subventions. L’équipe explique avoir écarté un organisme caritatif américain de type 501(c)3, jugeant la situation politique actuelle aux États-Unis peu propice à un projet tourné vers la durabilité et l’autonomie des utilisateurs. Elle a aussi renoncé à l’association de droit allemand, en raison d’une bureaucratie jugée complexe et de règles fiscales très strictes. L’Eclipse Foundation et FreeCAD, qui ont adopté la même forme juridique, l’ont conseillée dans cette démarche.

Ce choix a des effets immédiats. Sans entité juridique, le projet ne pouvait pas réclamer la somme que lui avait accordée le FLOSS/Fund ; la démarche est désormais en cours. En contrepartie, l’association devra payer ses propres comptables et son compte bancaire, rendre régulièrement compte de son activité à l’État et potentiellement payer des impôts. Elle doit encore décider si elle conserve OpenSourceEurope comme hôte fiscal, mais promet de continuer à gérer ses finances de façon transparente sur OpenCollective. Pour une équipe résidant majoritairement en Europe, c’est un ancrage juridique cohérent.

Au quotidien ? Pas encore

Reste la question qui intéresse la plupart d’entre nous : peut-on remplacer Android par Nura sur son téléphone ? La page d’accueil du projet répond elle-même que Nura n’est pas encore prêt pour tout le monde. Les appareils sont rangés par catégories : « community » regroupe des appareils bien maintenus mais auxquels peuvent manquer des fonctions importantes, « testing » des appareils aux fonctions parfois limitées et pas toujours maintenus. La version stable actuelle, v26.06, basée sur Alpine Linux 3.24, compte 254 appareils dans la seule catégorie testing. Quant à la catégorie « main », la plus exigeante, elle a été vidée avec la version v24.12.

C’est précisément ce que la nouvelle feuille de route veut corriger. Les exigences de la catégorie « main » sont sévères : démarrage via UEFI, noyau officiel avec un minimum de correctifs, paquet générique commun à toute l’architecture matérielle. Un téléphone devra typiquement assurer appels, SMS, données mobiles, Wi-Fi, son, recharge, Bluetooth et appareil photo. Chaque appareil devra idéalement être suivi par une équipe d’au moins 5 personnes, majoritairement issues de l’équipe Nura. Le texte fixant ces règles a suscité 151 commentaires. L’avantage, si l’objectif est atteint : les correctifs de sécurité du noyau pourront être livrés d’un coup à tous les appareils de la catégorie.

Trois premiers candidats ont été désignés : le Fairphone 5, le Motorola Edge 30 et le Radxa Dragon Q6A, un ordinateur monocarte, tous construits autour de la puce SM7325. L’équipe reconnaît que l’essentiel du travail repose sur des bénévoles et qu’elle ne peut promettre aucune échéance. En parallèle, le projet développe Duranium, une variante immuable présentée en mars : le cœur du système est en lecture seule et les mises à jour s’installent sous forme d’images complètes et vérifiées, avec retour automatique à la version précédente en cas d’échec. Le but est qu’on n’ait plus besoin de savoir ce qu’est un terminal pour garder son appareil en état de marche, au prix d’exigences matérielles plus élevées.

Pour une TPE, une PME ou un particulier, le constat est simple : Nura n’est pas encore un remplaçant d’Android à confier à un collaborateur ou à un proche qui a besoin d’un téléphone fiable. C’est en revanche un projet sérieux, désormais doté d’une structure juridique européenne et d’une méthode claire, qui s’attaque à un vrai sujet : garder utiles des appareils qui fonctionnent encore. Si un ancien téléphone dort dans un tiroir, vérifier sa catégorie sur le site du projet ne coûte rien, et l’équipe accueille aussi les contributions sans programmation, comme les tests ou le tri des problèmes signalés. Nous suivrons de près l’arrivée des premiers appareils dans la catégorie main.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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