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23 octobre 20266 min de lecture

Quad9 quitte la France le 24 novembre : sommé de bloquer des sites pirates, le résolveur DNS gratuit préfère partir

Le résolveur DNS Quad9, un service gratuit géré par une fondation suisse à but non lucratif, cessera de servir les internautes situés en France à compter du 24 novembre 2026. La fondation a pris cette décision après un jugement du tribunal judiciaire de Paris, rendu le 21 octobre 2026 à la demande du diffuseur beIN Sports, qui lui impose de bloquer des sites diffusant illégalement des matchs de tennis. Plutôt que de filtrer ces adresses, Quad9 préfère se retirer du pays. Voici ce que dit la décision, ce qu’avance chaque camp, et ce que les foyers, les associations et les petites entreprises qui utilisent ce service doivent vérifier d’ici là.

Pour comprendre l’enjeu, un rappel s’impose : le DNS est l’annuaire d’Internet. Chaque fois que vous tapez le nom d’un site, un résolveur traduit ce nom en adresse numérique, la seule que les machines savent joindre. Par défaut, c’est souvent la box du fournisseur d’accès qui s’en charge, mais beaucoup de particuliers et d’entreprises choisissent un résolveur public. Quad9 se présente comme une plateforme DNS gratuite et récursive, répartie sur de nombreux serveurs dans le monde. Sa particularité est une protection intégrée : selon la fondation, il bloque les domaines malveillants connus, ce qui peut empêcher d’atteindre un site piégé avant même que la page s’affiche.

Photo de Coppertarzan, licence CC0 — via Wikimedia Commons

L’affaire commence le 13 mai 2026. Ce jour-là, à la demande de beIN Sports, le tribunal judiciaire de Paris ordonne à plusieurs fournisseurs de DNS, dont Google, DNS4EU et Quad9, de bloquer l’accès à des sites qui diffusent illégalement des matchs du circuit féminin de tennis WTA. La liste visait d’abord 6 noms de domaine, puis elle a été étendue à 58. Quad9 n’a pas appliqué ce blocage, et beIN Sports a de nouveau saisi la justice pour obtenir une astreinte, c’est-à-dire une pénalité financière due pour chaque jour de non-respect de la décision.

Entre les 580 000 euros par jour demandés par beIN Sports et les 1 000 euros retenus par le tribunal, une chose n’a pas bougé : l’obligation de bloquer.

Le jugement a été rendu le 21 octobre 2026 par la troisième chambre du tribunal judiciaire de Paris, précise le site allemand heise. Selon Telesatellite, beIN Sports réclamait 10 000 euros par jour et par domaine, et Quad9 comme heise évoquent une demande pouvant atteindre 580 000 euros par jour. Selon la fondation, le tribunal a nettement réduit la note : Quad9 devra payer 1 000 euros par jour tant qu’il ne bloque pas les domaines, et ce jusqu’au 14 novembre. La fondation évalue la somme totale à 24 000 euros, hors frais de défense. Elle indique qu’un appel est en cours et qu’elle continuera de défendre sa position devant les tribunaux.

Les arguments de Quad9

Pourquoi partir alors que la pénalité a été réduite ? La fondation avance d’abord une position de principe : pour elle, la résolution DNS récursive est un service neutre et passif, et forcer Quad9 à bloquer des noms de domaine ne retire pas les contenus de la circulation. Elle oppose ensuite un obstacle pratique. Quad9 ne tient aucune base de données associant ses utilisateurs à un pays, et son service ne demande ni inscription ni justificatif d’identité : il ne peut donc pas savoir qui se trouve en France. Bloquer les domaines pour tout le monde reviendrait, selon elle, à appliquer des décisions de justice françaises à tous les internautes de la planète, ce qu’elle refuse.

Le filtrage selon la localisation de l’adresse IP, dit géoblocage, ne la convainc pas davantage, et elle s’appuie sur un précédent. En Allemagne, dans une affaire qui l’opposait à Sony Music, la société plaignante a utilisé un VPN, un service qui masque la localisation réelle de l’internaute, pour accéder depuis l’Allemagne aux contenus censés être bloqués. Le tribunal a donné raison à Sony et Quad9 a été sanctionné pour non-respect de la décision. Heise rappelle toutefois que la fondation a ensuite obtenu gain de cause en appel en Allemagne, les résolveurs DNS n’y ayant finalement pas été considérés comme les auteurs des infractions. Quad9 se dit enfin visé par une vingtaine d’autres procédures en France.

De son côté, beIN Sports n’a pas, à notre connaissance, publié de réaction : les sources consultées ne rapportent que ses demandes devant le tribunal. Selon heise, le groupe qatarien a obtenu cette décision pour freiner les retransmissions non autorisées de matchs de tennis. Quad9 estime au contraire que lutter contre le piratage par le blocage des résolveurs DNS est inefficace. La fondation appelle les citoyens français à rappeler à leurs élus que chercher un nom de domaine n’est pas une infraction, et à interpeller l’Arcom, le régulateur, en faisant valoir que ce précédent met la France en danger.

Qui perd le service

Le retrait ne concerne pas que quelques particuliers avertis. Selon Quad9, de nombreux réseaux français s’appuient sur son service : administrations et organismes publics, réseau de la recherche et de l’enseignement, enseignement privé, énergie, santé, sans compter les abonnés des fournisseurs d’accès et les utilisateurs mobiles. Tous perdront le service le 24 novembre, en raison des risques juridiques que la fondation dit courir en France. Justgeek précise que cela ne signifie pas une coupure de la connexion Internet, mais que les internautes français qui utilisent les DNS de Quad9 risquent de rencontrer des problèmes de connexion, puisque leurs appareils ne pourront plus traduire les noms de sites.

Que vérifier avant le 24 novembre

La première chose à faire est de vérifier si vous utilisez Quad9, parfois sans le savoir. Le réglage peut se trouver dans l’interface de la box ou du routeur, dans les paramètres réseau des ordinateurs ou dans ceux des téléphones. Si une adresse de Quad9 y figure, prévoyez un remplaçant avant le 24 novembre. Méfiance toutefois envers les solutions de repli trop rapides : Google et DNS4EU étaient visés par la même ordonnance du 13 mai 2026, et selon Justgeek, ils ont appliqué les blocages demandés. Le site cite d’autres résolveurs publics, comme AdGuard DNS, NextDNS, Control D, DNS.SB ou dnsforge.de, en rappelant qu’ils pourraient eux aussi faire l’objet de procédures. Quad9 juge pour sa part que les milliers d’autres résolveurs ouverts font le même travail, mais avec moins de confiance, de sécurité et de fiabilité.

Pour ne plus dépendre d’un seul résolveur tiers, des solutions libres existent. FDN, fournisseur d’accès à Internet associatif créé en 1992, met ses résolveurs ouverts à la disposition de toutes et tous, avec validation DNSSEC, un mécanisme qui vérifie l’authenticité des réponses, et des accès chiffrés DoT et DoH. Plus autonome encore : héberger son propre résolveur avec Unbound, un résolveur DNS récursif, validant et doté d’un cache, publié sous licence libre BSD par NLnet Labs, une organisation à but non lucratif. Associé à AdGuard Home, sous licence GPL-3.0, qui bloque publicités et pisteurs pour tout le réseau, il donne une vraie maîtrise. Le prix de cette indépendance : un appareil allumé en permanence, des mises à jour à suivre, et des listes de blocage à choisir et à entretenir soi-même, là où Quad9 fournissait sa propre protection contre les domaines malveillants.

Pour les particuliers, les associations et les petites entreprises, cette affaire rappelle qu’un réglage posé une fois pour toutes peut dépendre d’une décision de justice dont on n’a jamais entendu parler, même quand le fournisseur est une fondation sans but lucratif. Le bon réflexe consiste à noter quel résolveur DNS utilisent chaque box, chaque routeur et chaque poste, et à prévoir une solution de rechange. Si vous ne savez pas où regarder, ou si vous hésitez entre un résolveur associatif et un résolveur installé chez vous, nous pouvons vous aider à faire le point dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit, dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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