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2 octobre 20266 min de lecture

Raspberry Pi verrouille la mémoire de ses cartes : une parade contre la fraude qui ferme aussi la porte aux bricoleurs

Le Raspberry Pi, ce petit ordinateur monocarte que l’on retrouve dans d’innombrables home labs (ces installations montées chez soi pour apprendre ou héberger ses propres services), ne se laisse plus gonfler en mémoire. Un ingénieur de l’entreprise l’a confirmé sur le forum officiel : le firmware, c’est-à-dire le petit logiciel de démarrage stocké sur la carte, lie désormais chaque carte à la quantité de mémoire vive installée à l’usine. La presse spécialisée, de Hackaday à TechSpot, s’en est fait l’écho. L’objectif affiché est de couper l’herbe sous le pied de revendeurs peu scrupuleux. Dans les faits, la mesure gêne aussi les bricoleurs et certains réparateurs.

Sur ces cartes, la mémoire vive n’est pas une barrette que l’on enfiche : c’est une puce soudée. La remplacer suppose de la dessouder et d’en souder une autre, un travail de précision qui demande un matériel de soudure spécialisé et comporte des risques évidents. Des utilisateurs de Raspberry Pi 4 et 5 avaient pourtant montré que l’opération était possible, et qu’un modèle d’entrée de gamme pouvait ainsi devenir un modèle plus généreux. Comme le résume TechSpot, ces cartes servent depuis longtemps dans les home labs, les produits embarqués et le matériel sur mesure : autant de contextes où ce genre de modification pouvait se justifier. Selon Hackaday, le firmware bloque désormais à la fois la taille de la mémoire et le modèle de puce acceptés.

Ce que dit Raspberry Pi

L’affaire est partie d’un message sur le forum officiel de Raspberry Pi. Un utilisateur y racontait avoir remplacé la mémoire d’un Compute Module 5 (CM5), sans parvenir à faire reconnaître par la carte sa nouvelle puce de 4 Go. PhilE, ingénieur chez Raspberry Pi et modérateur du forum, lui a répondu que l’entreprise verrouillait chaque appareil sur sa taille de mémoire d’origine. Son conseil aux amateurs tentés par la manipulation est sans appel : inutile d’essayer, cela ne fonctionnera pas.

Photo de Suyash Dwivedi, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

L’ingénieur a ensuite détaillé le raisonnement. Si la main-d’œuvre est assez bon marché, acheter une carte de 2 Go, y souder une puce de 8 Go d’origine douteuse et la revendre comme un modèle 8 Go peut rapporter un petit bénéfice. Or ces cartes modifiées risquent des problèmes de stabilité, puisque Raspberry Pi ne les a jamais testées dans cette configuration. Pour couper court à ce petit commerce, l’entreprise a choisi la manière forte : verrouiller la mémoire pour empêcher les revendeurs de faire passer des cartes modifiées pour des modèles d’usine. Selon PhilE, le firmware enregistre aussi d’autres caractéristiques de la puce d’origine, si bien que même une puce de remplacement de même capacité peut ne pas fonctionner.

Un point de calendrier mérite d’être souligné. Comme le relève TechSpot, le verrouillage a commencé à être déployé avec des mises à jour du firmware fin 2024, donc avant la récente hausse des prix de la mémoire, tirée par la demande des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. La mesure n’est donc pas une réaction à la flambée actuelle : elle la précède, et vise d’abord les cartes trafiquées vendues comme des modèles d’usine.

Une fraude bien réelle

La fraude invoquée n’a rien d’imaginaire. Le fabricant d’accessoires Geekworm a publié un guide pour vérifier la mémoire d’origine d’un Raspberry Pi 5, en rappelant l’écart de prix important entre les modèles et en prévenant que des vendeurs peu scrupuleux remplaçaient la mémoire des petits modèles pour les faire passer pour des modèles plus gros. Le second article de Hackaday, plutôt favorable à Raspberry Pi, recense après une recherche rapide quinze personnes différentes se plaignant de ce type de panne rien que sur GitHub. Aucune ne semble avoir fait la modification elle-même. Selon cet article, Raspberry Pi justifie la mesure par des revendeurs tiers qui achetaient des Compute Modules peu dotés en mémoire et y soudaient des puces de provenance et de stabilité inconnues.

Le prix pour les bricoleurs

Reste que le verrouillage a des effets de bord. Sur le dépôt officiel rpi-eeprom, un utilisateur signale qu’un Raspberry Pi 5 de 8 Go, équipé d’une puce Micron, refuse de démarrer avec tout firmware daté du 2024-09-23 ou plus récent : la diode verte clignote 8 fois, le signal d’une panne de mémoire. La même carte démarre normalement avec une version plus ancienne. Le ticket ne dit pas si la puce avait été changée, mais il illustre bien la situation : une carte qui fonctionnait la veille peut cesser de démarrer après une simple mise à jour, sans autre indication pour son propriétaire qu’un clignotement de diode.

Depuis la fin de 2024, une carte Raspberry Pi refuse toute mémoire plus grande que celle montée à l’usine, et parfois même une puce de même capacité.

Il existe un contournement, rappelé par Hackaday : revenir à une ancienne image du firmware, celle du 2024-09-10, dernière version publiée avant cette vérification. Mais c’est un pis-aller. Les notes de version du firmware du Raspberry Pi 5 continuent d’évoluer, y compris sur la gestion de la mémoire : l’une des plus récentes initialise la SDRAM avec des réglages de rafraîchissement prudents, adaptés aux hautes températures. Le second article de Hackaday juge que, pour un usage courant, se passer de ces nouveautés ne pose guère de problème. Pour une machine qui tourne en continu à la maison ou au bureau, renoncer à toutes les corrections publiées depuis reste toutefois, à nos yeux, un mauvais calcul.

La critique la plus vive vient du premier article de Hackaday. Quand on peut ajouter de la mémoire à presque n’importe quel appareil, y compris une carte graphique moderne ou même un ordinateur Apple, mais pas à une carte Raspberry Pi qui aime mettre en avant ses références open source et open hardware, alors « something is very much off » : quelque chose cloche sérieusement. L’article compare la démarche à l’appairage de composants que des entreprises comme Apple se sont vu reprocher à juste titre. Des voix proposent une voie médiane : un indicateur de garantie, activable une seule fois, qui signalerait une carte modifiée et mettrait fin au support de Raspberry Pi sans interdire la modification elle-même. L’entreprise n’a pas retenu cette option et a préféré bloquer purement et simplement.

Le débat mérite d’être posé honnêtement. Le second article de Hackaday estime que ce n’est pas un problème majeur, tout en reconnaissant que beaucoup de gens ne seront pas d’accord. Il rappelle que les cartes Raspberry Pi embarquent des logiciels fermés, du chargeur de démarrage au code du processeur graphique, et qu’il existe une concurrence qui publie les schémas complets de ses cartes et utilise autant de code ouvert que possible. Le Raspberry Pi n’a jamais été du matériel libre au sens strict, et ce verrouillage le rappelle. La mesure protège réellement les acheteurs novices contre des cartes trafiquées et instables. Mais elle retire aussi au propriétaire une partie de la maîtrise de son propre matériel : plus d’extension de mémoire, sauf à rester sur un ancien firmware, et un choix plus restreint de pièces de rechange pour réparer.

Ce que nous conseillons

Pour nos lecteurs, TPE, PME ou particuliers qui montent un petit serveur, un pare-feu ou un tableau de bord domotique sur Raspberry Pi, la conséquence pratique est simple : la quantité de mémoire choisie à l’achat est, de fait, définitive. Mieux vaut donc dimensionner large dès le départ et acheter chez un revendeur reconnu. À la réception, il suffit d’allumer la carte sans carte SD, avec un écran branché, pour lire la capacité d’origine au démarrage, comme l’indique Geekworm. Et si la réparabilité ou l’ouverture complète du matériel compte pour vous, ce critère mérite désormais d’être pesé face à des cartes concurrentes dont les schémas sont publiés.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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