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9 octobre 20266 min de lecture

Windows impose toujours Edge, sauf là où la loi l’interdit : cent jours après son rapport, Mozilla dresse un bilan sévère

Il y a une centaine de jours, Mozilla publiait « Over The Edge 2.0 », un rapport consacré aux interfaces trompeuses de Windows. L’éditeur de Firefox vient d’en dresser un premier bilan, et le constat est sévère : Windows continue de pousser Edge, le navigateur de Microsoft, au détriment de celui que l’utilisateur a choisi, sauf là où la loi l’en empêche. Pour nos lecteurs européens, la nouvelle est à double tranchant : nous sommes mieux protégés que le reste du monde, mais pas complètement, et l’assistant d’intelligence artificielle Copilot ouvre une nouvelle brèche.

Ce deuxième rapport est signé par deux spécialistes reconnus des interfaces trompeuses (les « dark patterns » en anglais), Harry Brignull et Cennydd Bowles. Une interface trompeuse, c’est un écran conçu pour orienter l’utilisateur vers le choix qui arrange l’éditeur : formulation ambiguë, option précochée, relances insistantes. Les chercheurs ont comparé l’expérience de Windows dans quatre régions : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Inde et l’Allemagne, retenue comme pays représentatif de l’Espace économique européen (EEE).

Leur conclusion générale ne laisse guère de place au doute : selon eux, Microsoft ne permet toujours pas de télécharger et d’installer un autre navigateur, de le définir par défaut ou de continuer à l’utiliser comme tel sans interférence nuisible, et ces pratiques interviennent à presque chaque étape du parcours. Le rapport le résume d’une phrase : « These conclusions hold across every region tested. » Autrement dit, ces conclusions valent dans toutes les régions étudiées. L’enjeu est considérable : avec la fin du support de Windows 10 en octobre 2025, plus d’un milliard de personnes utilisent désormais un PC sous Windows 11, selon le rapport.

Hors d’Europe, la panoplie complète

Photo de I G (Flickr), licence CC BY 2.0 — via Wikimedia Commons

Mozilla détaille ce que vivent encore aujourd’hui les utilisateurs hors de l’EEE. Sous Windows 10, le message « Vous avez presque terminé la configuration de votre PC » joue sur une formulation trompeuse pour les détourner du navigateur qu’ils avaient choisi par défaut. Windows Search, la recherche intégrée au système, et les Widgets ouvrent les liens dans Edge plutôt que dans le navigateur par défaut. Et même après le choix d’un autre navigateur, Windows continue d’ouvrir certains formats de fichiers courants, comme les PDF et les images SVG, avec Edge.

Le moteur de recherche Bing ajoute sa propre pression. D’après le site britannique The Register, qui a analysé le rapport, un bandeau « All you need is right here », qui invite en substance à tout trouver sur place, s’affiche dans Bing lorsqu’on cherche à télécharger un autre navigateur, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Inde, mais pas dans l’EEE. Le rapport précise que les utilisateurs des États-Unis et de l’Inde, et dans une moindre mesure ceux du Royaume-Uni, restent exposés à l’éventail le plus large de ces tactiques. Sa formule est cinglante : « Where compliance ends at the border, so does respect for user choice. »

Selon Mozilla, « Microsoft ne respecte le choix de ses utilisatrices et utilisateurs que lorsqu’elle y est contrainte. »

En Europe, une protection incomplète

Dans l’EEE, la situation est nettement meilleure, et ce n’est pas un hasard. Selon Mozilla, une meilleure version de Windows existe déjà, mais seulement là « où le règlement sur les marchés numériques (DMA) a contraint Microsoft à changer ses pratiques ». D’après The Register, le bandeau de Bing n’y apparaît pas, et Windows Search n’y utilise plus automatiquement Edge à la place du navigateur par défaut. Le site britannique note aussi qu’aucun bandeau vantant Edge n’y est injecté sur la page de téléchargement de Chrome.

L’Europe n’est pourtant pas épargnée. Edge y reste épinglé par défaut à la barre des tâches, ce qui semble aller directement, selon Mozilla, à l’encontre des « principes en matière d’épinglage et d’applications par défaut » publiés par Microsoft elle-même. En 2023, l’éditeur s’engageait en effet sur son blog officiel : « We will ensure people who use Windows are in control of changes to their pins and their defaults. » Le même texte promettait que les applications de Microsoft utiliseraient les mêmes méthodes que celles des autres éditeurs pour s’épingler ou devenir l’application par défaut.

Plus préoccupant encore, l’intelligence artificielle offre un nouveau moyen de contourner ce choix. Copilot, l’assistant d’IA de Microsoft, ouvre les liens web dans un panneau latéral plutôt que dans le navigateur choisi, y compris en Europe. Le rapport le constate sans détour : l’assistant passe outre le navigateur par défaut de l’utilisateur et affiche les liens dans Edge. Aux États-Unis et en Inde, les réglages de partage de données de Copilot sont en outre activés par défaut, selon The Register. Autrement dit, chaque nouvelle fonction ajoutée à Windows peut rouvrir une porte que la réglementation avait fermée.

Le dernier piège concerne la migration. Windows Backup, l’outil que Microsoft met en avant pour accompagner le passage à Windows 11, tente de définir Edge comme navigateur par défaut lors de la restauration d’un PC, sans en avertir l’utilisateur, tandis que le navigateur choisi auparavant n’est pas correctement restauré. Les chercheurs l’ont constaté en restaurant sur un nouvel appareil sous Windows 11 la sauvegarde d’un PC sous Windows 10 : Edge y est devenu, sans bruit, le navigateur par défaut. Mozilla range ce problème parmi ceux qui touchent aussi les utilisateurs européens.

Un rapport juge et partie

Faut-il prendre ce rapport pour argent comptant ? Mozilla, qui édite Firefox, est évidemment juge et partie. Elle souligne toutefois que les chercheurs ont rendu publics les éléments sur lesquels s’appuie le rapport, afin que chacun puisse les analyser. Mozilla indique aussi s’être entretenue avec Microsoft à propos des problèmes soulevés. De son côté, Microsoft n’a pas répondu aux sollicitations de The Register, et les pratiques décrites hors de l’EEE sont, selon Mozilla, toujours en place cent jours plus tard.

Demandes de Mozilla et bons réflexes

Mozilla réclame trois changements : mettre fin aux pratiques qui entravent encore la liberté de choix dans l’EEE et appliquer partout dans le monde le même niveau d’exigence ; respecter le choix du navigateur dans Windows Search, les Widgets, Copilot et lors d’une restauration avec Windows Backup ; enfin, appliquer à Edge les principes d’épinglage définis par Microsoft en 2023. L’éditeur présente ses conclusions aux autorités de régulation et aux responsables politiques, et dit espérer que celles des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Inde et du Brésil en prendront bonne note. Le site Clubic, qui a relayé ce bilan, le résume ainsi : la fondation « porte désormais ses conclusions devant les régulateurs ».

En attendant, le réflexe à adopter sous Windows est simple : après une installation, une grosse mise à jour ou une migration avec Windows Backup, vérifiez dans les paramètres des applications par défaut que votre navigateur est toujours celui que vous avez choisi. La documentation de Microsoft le rappelle : « Les utilisateurs peuvent affecter des applications par type de fichier, protocole ou application ». Pensez aussi aux formats de fichiers : la même page invite à sélectionner une application « pour voir quels types de fichiers ou types de liens elle peut ouvrir », ce qui permet de confier les PDF à la visionneuse de votre choix.

Pour une TPE, une association ou un particulier, ces détours ne sont pas anodins : le navigateur est la porte d’entrée de la messagerie, des logiciels en ligne et des mots de passe enregistrés, et le choisir doit rester une décision consciente. Ce rapport rappelle aussi que la protection dont nous bénéficions en Europe tient à une règle, pas à la bonne volonté d’un éditeur. Si vous voulez reprendre la main sur vos réglages Windows, ou étudier une bascule vers Linux pour ne plus dépendre de ces arbitrages, nous pouvons vous aider dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit, dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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