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2 novembre 20264 min de lecture

Bitchat : la messagerie Bluetooth des manifestants séduit, sa sécurité interroge

Bitchat s’est installée dans les manifestations françaises de l’automne 2026. Dans un reportage publié le 31 octobre 2026, franceinfo la présente comme « une messagerie qui permet de discuter sans Internet par Bluetooth ». La semaine du 31 octobre, c’était le premier réseau social téléchargé sur les magasins d’applications. L’outil intéresse quiconque veut communiquer quand le réseau mobile flanche. Sa sécurité, elle, fait débat depuis son lancement.

L’engouement a commencé plus tôt. D’après un autre article de franceinfo, Bitchat compte parmi les applications les plus téléchargées depuis les manifestations du 17 octobre 2026. Le vendredi 23 octobre, elle est devenue l’application la plus téléchargée en France sur l’App Store d’Apple, toutes catégories confondues. Le lundi 26 octobre, elle se classait deuxième sur Android. Elle a été lancée en juillet 2025 par Jack Dorsey, cofondateur de Twitter.

Le contexte explique ce succès. Le 31 octobre 2026, Europe 1 écrivait que le gouvernement envisageait de restreindre l’accès aux réseaux sociaux pendant les manifestations, pour prévenir violences et pillages. Les manifestants s’organisaient déjà pour contourner ces éventuelles restrictions. Le ministère de l’Intérieur dispose pour sa part, depuis le 17 octobre, d’une cellule chargée de signaler les contenus appelant à l’insurrection. Plus de 150 messages ont été supprimés par les plateformes. Interrogé par France Télévisions, le ministère a toutefois écarté une suspension des réseaux sociaux, un temps envisagée.

Un réseau maillé au code public

Capture d’écran officielle du projet bitchat-android (dépôt publié sous licence GPL-3.0) — via github.com/permissionlesstech/bitchat-android

Le principe repose sur deux modes de transport. Sans Internet, Bitchat emprunte le Bluetooth à basse consommation (BLE), une variante sobre en énergie de cette liaison sans fil. Les téléphones proches forment alors un réseau maillé : chacun relaie les messages des autres, jusqu’à 7 sauts. Avec une connexion, l’application passe par Nostr, un protocole qui achemine les messages par des relais sur Internet. Le projet revendique l’absence de compte, de numéro de téléphone et de serveur central.

La portée reste modeste et varie selon les témoignages. Un manifestant interrogé par franceinfo l’estime entre 100 et 200 mètres, sans en être certain. Europe 1 indique de son côté que deux appareils peuvent communiquer à moins de 300 mètres l’un de l’autre. Dans les deux cas, le réseau ne vaut que par le nombre de téléphones équipés alentour. Seul dans une rue vide, un utilisateur ne joint personne.

Le code de l’application est publié sur GitHub et versé dans le domaine public : chacun peut le copier, le modifier et le redistribuer librement. Le projet recommande d’installer Bitchat depuis l’App Store ou de la compiler à partir d’un code source vérifié. Une version prête à l’emploi récupérée ailleurs ne peut pas être vérifiée, prévient le dépôt. À notre avis, ce conseil compte d’autant plus qu’une application devenue populaire du jour au lendemain attire les imitations.

Une sécurité contestée dès 2025

Cette transparence a aussi nourri des critiques rapides. En juillet 2025, le chercheur en sécurité Alex Radocea a démontré une attaque de l’homme du milieu : un tiers s’interpose dans une conversation en se faisant passer pour un contact de confiance. Le 9 juillet 2025, TechCrunch relevait que Jack Dorsey avait ajouté cet avertissement sur GitHub : « This software has not received external security review and may contain vulnerabilities ». En clair, le logiciel n’avait fait l’objet d’aucun audit de sécurité externe et pouvait contenir des failles.

Le cabinet Trail of Bits a livré une lecture plus nuancée le 18 juillet 2025, dans un billet signé Jim Miller. L’auteur y voit des défauts de conception qui touchent les promesses de sécurité fondamentales de l’application. Il salue pourtant la réactivité du projet. Un dépassement de mémoire tampon, erreur qui laisse un programme écrire hors de la zone mémoire prévue, a été corrigé en moins de quatre heures. Bitchat a aussi adopté Noise, un cadre cryptographique éprouvé, qui chiffre de bout en bout les échanges sur le réseau Bluetooth.

La communauté de la sécurité devrait maintenir des exigences élevées, tout en reconnaissant que la sécurité est un processus, pas un état binaire.

— Jim Miller, Trail of Bits (traduction de la rédaction)

Une limite concerne directement les manifestants. La documentation reconnaît que le réseau Bluetooth utilise un identifiant persistant propre à chaque appareil, dérivé de sa clé d’identité. Elle renvoie au livre blanc du projet pour détailler ce qu’une radio proche peut observer. À notre avis, un identifiant stable permet en principe de reconnaître un même téléphone d’un jour à l’autre. Autre réserve : sur Nostr, Bitchat ne dialogue qu’avec d’autres clients Bitchat, et ses messages privés suivent un format propriétaire.

Un outil de secours

Pour un particulier, une TPE ou une association qui encadre un rassemblement, Bitchat peut servir de solution de secours : panne de réseau, festival, zone mal couverte. L’application dépanne quand le réseau manque, mais ne garantit ni l’anonymat ni une sécurité éprouvée. Installez-la uniquement depuis la boutique officielle, ou compilez-la à partir du code source publié par le projet. Pour les échanges sensibles, mieux vaut une messagerie chiffrée éprouvée, utilisée avec Internet. Enfin, coupez le Bluetooth quand vous ne vous en servez pas : une radio proche peut en observer certaines traces.

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