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21 octobre 20266 min de lecture

Libera Suite 0.5 : une suite bureautique libre, sans compte ni télémétrie, qui parle enfin français mais reste une bêta

Une suite bureautique libre, installée sur l’ordinateur, qui ne demande ni compte ni connexion à un service en ligne : c’est ce que promet Libera Suite, développée par la société Abilian. En bêta publique depuis le 1er octobre 2026 et présentée aux lecteurs de LinuxFr le 17 octobre 2026, elle a reçu le 20 octobre 2026 une version 0.5 qui la rend enfin utilisable en français. Le projet est prometteur, mais il reste très jeune et repose sur un moteur dont l’origine fait débat.

Selon sa documentation, Libera Suite est une suite bureautique libre et gratuite pour Linux, Windows et macOS. Elle réunit quatre applications dans un même logiciel : Libera Words pour le traitement de texte, Libera Tables pour les feuilles de calcul, Libera Slides pour les présentations et Libera Diagrams, qui se contente d’afficher les dessins Visio sans pouvoir les modifier. Libera Words, Libera Tables et Libera Slides savent ouvrir et enregistrer les formats de Microsoft Office (.docx, .xlsx, .pptx) comme les formats OpenDocument, ceux qu’utilise LibreOffice. L’idée est de pouvoir travailler sur les fichiers reçus de correspondants équipés de Microsoft Office, tout en restant sur son propre poste.

Tout reste sur l’ordinateur

C’est l’argument central du projet. D’après l’éditeur, Libera Suite fonctionne « sans compte, sans service en ligne et sans télémétrie », la télémétrie désignant l’envoi automatique de données d’utilisation à l’éditeur d’un logiciel. Seul échange régulier prévu avec l’extérieur : une fois par jour au plus, le logiciel vérifie si une nouvelle version existe, sans rien télécharger. Avec la version 0.5, Abilian affirme en outre que les composants d’édition ne peuvent rien charger ni rien envoyer ailleurs que vers Libera Suite elle-même, à une exception près : une image insérée dans un document sous la forme d’un lien vers une adresse web est téléchargée, comme dans toute suite bureautique.

Un moteur emprunté à Euro-Office

Capture d’écran officielle du projet Libera Suite — via docs.liberasuite.eu

Les éditeurs eux-mêmes ne sont pas nouveaux. Ils proviennent d’Euro-Office, un fork d’ONLYOFFICE, c’est-à-dire une copie de ce logiciel libre reprise et développée séparément. ONLYOFFICE est édité par la société Ascensio System SIA, et The Register rapportait le 2 avril 2026 que les entreprises européennes IONOS et Nextcloud avaient lancé Euro-Office. Libera Suite fait tourner ces éditeurs localement, à l’intérieur d’une application hôte écrite en Python, et y ajoute ses propres corrections. Côté licences, l’application hôte est publiée sous licence Apache 2.0, tandis que les composants issus d’Euro-Office et d’ONLYOFFICE restent sous licence AGPL 3.0 : deux licences libres reconnues.

Cet héritage n’est pas neutre. Toujours selon The Register, ONLYOFFICE accuse Nextcloud et IONOS de violation de licence : sa licence ajoute une clause imposant de conserver le logo d’origine, et l’équipe d’Euro-Office l’a retirée des en-têtes du code, en la qualifiant d’ajout inapplicable et non obligatoire. Le PDG d’ONLYOFFICE, Lev Bannov, y est cité : « we do not grant anyone the right to remove our branding or alter our open source code without proper attribution ». Nous avions déjà évoqué ce différend à propos d’ElixirOffice, autre suite bâtie sur la même base ; les sources que nous avons consultées ne font état d’aucune décision de justice.

Ce qu’apporte la version 0.5

La version 0.5, publiée le 20 octobre 2026, comble un manque évident pour un public francophone. Ses quatre applications suivent désormais la langue du système : selon l’éditeur, la barre de menus, la fenêtre d’accueil et les boîtes de dialogue sont traduites en français, en allemand, en italien et en espagnol. Les nouveaux documents adoptent le format de papier A4 partout sauf aux États-Unis, au lieu du format US Letter appliqué jusque-là à tout le monde. Un document composé dans une police installée sur l’ordinateur s’affiche aussi désormais dans cette police. Pour en profiter, la mise à jour télécharge une seule fois environ 90 Mo de nouveaux composants.

Les versions précédentes ont surtout porté sur la fiabilité. La 0.4, publiée le 12 octobre 2026, verrouille un document déjà ouvert : jusque-là, deux fenêtres pouvaient modifier le même fichier, et la dernière à enregistrer écrasait le travail de l’autre. Elle lit et écrit aussi plus exactement les documents OpenDocument. Dans sa dépêche, l’auteur indique avoir corrigé à ce jour 68 défauts du convertisseur dans la lecture et l’écriture de ces fichiers, et précise que près de 700 tests automatisés vérifient le fonctionnement de l’application.

Libera Suite promet une bureautique sans compte ni télémétrie, mais ne sait encore ni ouvrir un document protégé par mot de passe, ni réaliser un publipostage.

Une bêta, pas encore un outil de travail

Abilian ne cache pas les limites de son logiciel, qu’une page d’état des lieux de sa documentation détaille. Les verrous protègent un document déjà ouvert dans Libera Suite ou dans LibreOffice, mais Microsoft Office ne les voit pas : un document ouvert en même temps dans Word n’est donc pas protégé. Les documents protégés par mot de passe ne peuvent être ni ouverts ni enregistrés. Ni l’édition des PDF ni le publipostage, c’est-à-dire la création de courriers personnalisés à partir d’une liste d’adresses, ne sont encore disponibles. Les macros sont désactivées : le code VBA que contiennent certains fichiers Office n’est pas exécuté. Enfin, l’installateur Windows n’est pas encore signé.

Les structures qui envisagent de l’adopter doivent aussi savoir que le travail à plusieurs n’est pas encore possible. La documentation range la collaboration, le stockage en ligne et les comptes parmi les fonctions dont le développement n’a pas encore commencé. C’est cohérent avec le choix d’une suite purement locale, mais une équipe qui veut modifier à plusieurs le même document devra pour l’instant se tourner vers une suite bureautique en ligne, idéalement hébergée sur ses propres serveurs ou chez un hébergeur de confiance.

Une précision s’impose sur les sources. La dépêche de LinuxFr qui a fait connaître le projet a été rédigée par Stefane Fermigier, qui y signale qu’Abilian, la société qui développe Libera Suite, est la sienne. Les caractéristiques présentées ici proviennent donc de l’éditeur lui-même : documentation, notes de version et dépôt de code. Nous n’avons trouvé aucun test indépendant de cette suite, ce qui n’a rien d’étonnant pour un logiciel entré en bêta publique le 1er octobre 2026. Le code source est en revanche public sur GitHub, ce qui permet à chacun de vérifier ce que fait réellement le logiciel.

Pour les particuliers, les TPE et les PME, Libera Suite est d’abord un projet à surveiller et à essayer, pas encore un outil auquel confier ses documents de travail. Pour la tester sans risque, mieux vaut travailler sur des copies, éviter d’ouvrir le même fichier dans Word et dans Libera Suite, et signaler aux développeurs les documents mal affichés, puisqu’ils réclament précisément ces retours. Pour un usage quotidien, LibreOffice reste à nos yeux l’alternative libre la plus éprouvée à Microsoft Office. Si vous hésitez entre ces outils ou souhaitez préparer un passage au libre, nous pouvons vous aider à y voir clair dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit, dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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