27 octobre 20267 min de lecture
Tenzu, héritier de Taiga : un gestionnaire de projets libre à héberger chez soi, mais au financement encore à consolider
Tenzu est un logiciel libre de gestion de projets qui propose des tableaux Kanban en ligne et collaboratifs, et que l’on peut installer sur son propre serveur. Décrit par ses auteurs sur LinuxFr.org le 20 octobre 2026, il est développé par BIRU, une coopérative française, et se veut le successeur de Taiga. Son code est publié sous licence AGPLv3 et, selon ses développeurs, le projet n’est pas « open core » : aucune fonction n’est réservée à une version payante. L’outil est toutefois jeune, certaines fonctions importantes sont encore en préparation et son financement n’est pas encore assuré. Voici ce qu’il apporte, comment l’installer, et ce qu’il convient de vérifier avant de lui confier le suivi de son travail.
Tableaux Kanban et licence AGPLv3
Concrètement, Tenzu regroupe les projets dans des espaces de travail, que l’on peut créer en aussi grand nombre que l’on veut. Un tableau Kanban est une série de colonnes dans lesquelles on fait avancer des cartes, chacune représentant une tâche, de sa création à sa clôture. Selon le site du projet, plusieurs personnes peuvent rédiger ensemble le contenu d’une tâche en temps réel, un système de permissions détaillé contrôle l’accès aux projets, et la connexion peut passer par un système d’authentification standard comme OpenID Connect ou LDAP, deux protocoles courants qui permettent de se connecter avec un compte existant. Un thème sombre est disponible, ainsi que trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol, d’autres étant annoncées.
Côté licence, les règles sont claires. Le fichier LICENSE du dépôt indique que le code source est placé sous AGPLv3 et qu’aucun droit n’est accordé sur les marques de BIRU, logo de Tenzu compris : on peut donc reprendre et modifier le programme, mais la licence ne donne aucun droit d’utiliser la marque ni le logo. L’AGPL contient aussi une clause propre aux services accessibles par un réseau : une version modifiée doit proposer de façon visible son code source à tous les utilisateurs qui s’en servent à distance. À notre lecture, cette clause vise les versions modifiées du logiciel : installer Tenzu tel quel pour son propre usage ne la déclenche pas. En cas de doute, mieux vaut demander un avis juridique avant de modifier le code et de proposer le résultat à d’autres.
Un héritage de Taiga
Tenzu prend la suite de Taiga, créé par l’entreprise espagnole Kaleidos. En 2024, Kaleidos a lancé un appel à candidatures pour trouver un repreneur à Taiga Next, un chantier distinct des améliorations de la version actuelle, Taiga 6. Elle offrait notamment, selon la proposition retenue, un soutien financier pour les premiers mois. La coopérative BIRU a candidaté publiquement le 5 juin 2024, selon sa propre présentation, puis Kaleidos a annoncé sur le forum de Taiga que le projet de cette coopérative française l’avait séduite, en expliquant qu’elle passait ainsi d’une entreprise à deux produits, Penpot et Taiga, à une entreprise centrée sur le seul Penpot. La reprise est donc attestée par les deux parties, et pas seulement par BIRU, ce qui compte pour juger de la légitimité du statut de successeur.
Toujours selon BIRU, la candidature a été validée fin juillet 2024 et l’équipe s’est mise à travailler à temps plein sur le projet. Kaleidos lui a cédé la propriété intellectuelle sur le code de Taiga Next et accordé 100 000 euros pour démarrer. Taiga Next est devenu Tenzu : la première bêta, sous la forme d’une démonstration en ligne, est sortie le 30 octobre 2024, la documentation avec ses recettes d’installation le 4 mars 2025 et la première version stable le 30 septembre 2025. Dans le fil de l’appel à candidatures, un message publié dans ce même fil assurait par ailleurs que Taiga 6 continuerait d’être développé et maintenu, sans projet d’arrêt. Cette déclaration n’engage pas l’avenir lointain : avant de choisir entre les deux logiciels, mieux vaut vérifier où en est Taiga 6. Pour qui voudrait passer de l’un à l’autre, la dépêche de LinuxFr.org indique que Tenzu permet désormais d’importer ses projets depuis Taiga.
Installation et limites actuelles
Pour installer Tenzu soi-même, la documentation liste des prérequis précis : un moteur de conteneurs comme Docker ou containerd, une base de données PostgreSQL en version 15 au minimum, une instance Redis en version 7.1 au minimum, qui sert à diffuser les mises à jour en temps réel, un serveur SMTP pour envoyer les courriels automatiques et un proxy inverse, c’est-à-dire le serveur placé devant l’application, qui gère l’acheminement et la sécurité des requêtes entrantes. L’interface web et le serveur applicatif sont livrés sous forme d’images Docker, et l’équipe indique fournir des recettes de déploiement pour Docker Compose, un outil qui lance ensemble plusieurs conteneurs décrits dans un fichier, et pour Kubernetes, qui répartit des conteneurs sur plusieurs serveurs. Il s’agit d’une application web monopage, écrite en Angular et Django.
Le dépôt du serveur prévient que la branche principale est la version de développement et qu’elle peut être instable : pour obtenir la dernière version stable, il faut basculer sur la branche nommée production. Il précise aussi que l’application n’est complète qu’avec l’interface web, fournie séparément. Côté fonctions, tout ce qui relève des cycles de développement de type Scrum, une méthode de travail par cycles courts, est encore en spécification selon l’équipe, qui annonce vouloir les mettre en place rapidement. Sa feuille de route mentionne aussi l’exportation des données au format JSON : pour un outil que l’on héberge, pouvoir récupérer ses données dans un format ouvert compte autant que pouvoir les y faire entrer. Enfin, l’équipe écrit ne pas être encore prête à recevoir des contributions de code : le code est libre, mais son développement n’est pas encore ouvert à l’extérieur.
Un financement à surveiller
Reste la question que pose tout projet libre porté par une petite structure : de quoi vit-il ? Selon l’équipe, Tenzu n’est pas gratuit, et aucun projet open source ne l’est d’ailleurs : son service en ligne repose sur la contribution libre, autrement dit chacun paie ce qu’il veut, sans tarif imposé. La dépêche de LinuxFr.org indique que ce service sera hébergé par IndieHosters, une autre coopérative impliquée dans le libre. Le bilan publié par l’équipe en janvier 2026 présentait déjà cette coopérative comme l’hébergeur du service public de Tenzu : elle propose aussi des instances de Tenzu à la commande et reçoit une part des contributions. Pour qui installe Tenzu sur son propre serveur, le logiciel reste utilisable sans rien payer à l’éditeur, puisque toutes les fonctions relèvent de la licence AGPL, mais la pérennité du projet dépend de ceux qui choisissent de contribuer.
Dans son bilan de la première année, daté du 13 janvier 2026, l’équipe indique que Kaleidos a donné 100 000 euros en 2024 et qu’elle a elle-même injecté 120 000 euros de fonds propres la même année ; ces deux versements ont financé ses activités sur Tenzu en 2024 et 2025. À la date du bilan, il en restait 35 000 euros. Les premiers revenus, que l’équipe qualifie de signe extrêmement encourageant, restent modestes : en 2025, une contribution ponctuelle de 5 euros versée en octobre depuis le service en ligne, puis une contribution récurrente de 5 euros par mois via la plateforme de dons Liberapay depuis novembre. Elle écrit n’avoir obtenu à cette date aucun financement public, malgré des démarches auprès de la BPI en France et de NLnet au niveau européen, ni aucun financement privé, faute d’investisseur acceptant un modèle sans prise de capital. La page de NLnet consacrée à Tenzu indique toutefois que le projet a obtenu un financement du fonds NGI0 Commons, avec un début en février 2026, donc après ce bilan.
Selon le bilan du 13 janvier 2026, l’équipe de Tenzu comptait réinvestir ses fonds propres une deuxième et dernière fois en 2026, tout en gardant ses trois membres à temps plein.
Pour une petite structure, une association ou un particulier qui suit ses tâches avec un outil en ligne propriétaire, Tenzu mérite un essai, à condition de le tester d’abord avec des données fictives. Le logiciel est libre et installable chez soi, mais il reste jeune et son financement n’est pas encore assuré. Avant d’y installer durablement l’organisation d’une équipe, trois vérifications s’imposent : disposer d’une sauvegarde régulière de la base PostgreSQL, s’assurer que les fonctions dont on a besoin existent déjà, puisque les cycles Scrum manquent encore, et savoir comment en sortir, l’exportation JSON ne figurant pour l’instant que parmi les chantiers annoncés. Dans la mesure de nos disponibilités, nous pouvons aider les personnes qui souhaitent l’essayer, dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit vers le logiciel libre.
Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Sonnet 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus
Sources & références
- LinuxFr.org — Tenzu, héritier de Taiga pour la gestion collaborative de projets (20 octobre 2026)
- Tenzu — page d’accueil du projet
- Tenzu — documentation : introduction et prérequis
- GitHub BIRU-Scop — dépôt tenzu-back, fichier README
- GitHub BIRU-Scop — dépôt tenzu-back, fichier LICENSE.md
- Tenzu — Coffers status, Year 1, bilan financier de la première année (13 janvier 2026)
- NLnet — Tenzu, projet financé par le fonds NGI0 Commons
- Taiga Community — fil « TaigaNext looking for a new home » : appel à candidatures de Kaleidos et annonce du choix de BIRU (version texte)
- Choose a License — GNU Affero General Public License v3.0
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