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19 octobre 20266 min de lecture

WinDev : abonnement obligatoire et redevance par poste, PC Soft face à la fronde de ses utilisateurs captifs

Le 16 octobre 2026, ZDNet a publié un article titré « Prix multipliés par 30, clients captifs », consacré à la fronde contre PC Soft, l’éditeur montpelliérain de l’atelier de développement WinDev. Le conflit dure depuis des mois. Depuis son changement de propriétaire, l’éditeur a remplacé la vente de licences par un abonnement annuel obligatoire, et il envisage de faire payer chaque poste où tournent les applications développées avec ses outils. Pétition, action collective en préparation, plan de continuité réservé aux plus petites entreprises : l’affaire est un cas d’école de ce que coûte la dépendance à un éditeur unique.

WinDev et ses déclinaisons WebDev et WinDev Mobile sont des ateliers de développement d’applications. Les programmes y sont écrits en WLangage, le langage de programmation maison de PC Soft : comme le souligne Next, il est propriétaire et n’existe nulle part ailleurs. Fondée en 1984, PC Soft emploie 61 salariés et réalisait 12,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon Next.

En novembre 2024, PC Soft a changé de mains. Selon Next, l’éditeur est passé sous le contrôle d’une entité nommée Two Squared France II, dont le président, John Isak, est directeur des investissements de Volaris Group, filiale du groupe canadien Constellation Software. Next relève que PC Soft n’a confirmé l’opération qu’en mai 2025, six mois plus tard, et rappelle que Constellation impose à ses sociétés acquises des hausses tarifaires annuelles. ChannelNews ajoute que Volaris a déjà appliqué une stratégie comparable de monétisation de la base installée chez un autre éditeur, 4D.

De la licence à l’abonnement

Photo de Santeri Viinamäki, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Premier changement : les dongles, ces clés USB qui matérialisaient depuis des décennies la propriété du logiciel, ont cédé la place à un abonnement annuel obligatoire, avec un accès conditionné à la continuité du paiement, d’après Next. Selon le calcul de l’association d’utilisateurs Wx Alliance rapporté par le même site, l’abonnement annuel au tarif catalogue atteint 1 068 euros, contre 749 euros pour la mise à jour du dongle en janvier 2025, soit une hausse d’environ 43 %. Une licence achetée restait utilisable ; un abonnement interrompu coupe l’accès à l’outil de travail.

Le second changement inquiète bien davantage. Selon des échanges vus sur le site Programmez! et rapportés par Next, PC Soft envisage une redevance sur chaque poste qui exécute une application développée avec ses outils, y compris chez les clients finaux des développeurs. Wx Alliance a lancé une pétition publique pour alerter sur ce projet, rapporte Next. Dans sa propre communication, l’éditeur parle d’un système de Sessions, dont il dispense certains clients, comme nous le verrons plus bas.

Combien, au juste ? Aucun tarif officiel de cette redevance n’a été communiqué, souligne ChannelNews : les forums parlent de 250 à 300 € par an et par poste. Next a retenu l’hypothèse d’environ 250 euros par poste : pour une association de 500 utilisateurs, la facture annuelle s’élèverait alors à 125 000 euros. Faute de grille officielle, les multiplicateurs qui circulent, comme celui du titre de ZDNet, restent des estimations que l’éditeur n’a pas confirmées : tout dépend du nombre de postes concernés.

Faute d’outil de conversion, quitter WinDev ne se fait pas d’un clic : chaque application doit être réécrite.

Des clients qui ne peuvent pas partir

Pourquoi ne pas simplement changer d’outil ? Parce qu’une application WinDev ne se transpose pas. Selon Next, il n’existe aucun outil de migration automatique vers une autre plateforme, et ChannelNews fait le même constat. Les développeurs qui ont bâti des logiciels pour leurs propres clients restent donc liés à PC Soft, et ces clients avec eux, puisque la redevance envisagée viserait les postes où tournent leurs applications. Le langage et l’outil de développement appartiennent au même éditeur. C’est la définition même d’une clientèle captive, et c’est ce qui donne à l’éditeur un tel pouvoir sur les prix.

La contestation a gagné le terrain judiciaire. Selon La Lettre, citée par ChannelNews, le cabinet d’avocats d’affaires international Linklaters s’apprête à engager une action collective pour le compte d’un groupe de TPE et PME. Une première réunion, organisée le mardi 1er septembre 2026, a rassemblé quelque 200 entreprises. Les avocats envisagent notamment de saisir l’Autorité de la concurrence et le tribunal des activités économiques de Marseille, pour abus de position dominante et dépendance économique. Ces griefs restent ceux des plaignants : il appartiendra aux juridictions saisies de les apprécier.

Ce que répond PC Soft

PC Soft a choisi l’apaisement, au moins pour les plus petites structures. Dans un communiqué commun avec Wx Alliance, daté du 21 septembre 2026, l’éditeur lance un plan de continuité spécifiquement conçu pour les professionnels de moins de 10 salariés, fondé sur WinDev Suite 2025 Update U5. « Nous avons entendu les inquiétudes exprimées par une partie de notre communauté », déclare Bruno Richet, directeur général de PC Soft. Le communiqué précise que ce plan garantit la non-application du système de Sessions aux clients éligibles, et que son tarif ajusté inclut notamment des mises à jour de sécurité.

Sur la page qu’il consacre au plan, l’éditeur affirme l’avoir co-construit avec des associations d’utilisateurs, dont Wx Alliance. Pour 2 290 € par an, sur deux ans, il permet de continuer à utiliser WinDev Suite 2025 jusqu’au 31 décembre 2028, à condition de commander avant le 31 décembre 2026. C’est un répit réel pour les très petites entreprises, mais il reste limité : il ne concerne que les structures de moins de 10 salariés, il fige les utilisateurs sur la version 2025, et il ne dit rien de la suite. Les structures plus grandes, elles, ne sont pas couvertes par ce plan.

Sortir de la dépendance

Pour qui envisage de partir, il n’existe pas de remède miracle : une application WinDev doit être réécrite, ce qui a un coût humain réel. Le logiciel libre propose en revanche des outils de développement sans abonnement à renouveler. Le plus proche dans l’esprit est Lazarus, un environnement de développement rapide d’applications fondé sur Free Pascal, compatible avec Delphi, multiplateforme et publié sous licences GPL et LGPL. Selon le wiki du projet Free Pascal, la GPL ne couvre pas les programmes créés avec Lazarus, dont les bibliothèques relèvent d’une LGPL modifiée : aucune redevance ne pèse sur les postes qui exécutent ces applications.

Pour une TPE, une PME ou une association, l’affaire PC Soft rappelle une règle simple : quand un logiciel métier dépend d’un langage et d’outils détenus par un seul éditeur, celui-ci garde la main sur les prix. Avant de commander ou de renouveler un logiciel sur mesure, il vaut la peine de demander dans quel langage il est écrit, qui détient le code source et ce qu’il coûterait de le faire évoluer ailleurs. Si vous vous posez ces questions pour votre structure, nous pouvons vous aider à y voir clair, dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit et dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Opus 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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