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26 octobre 20266 min de lecture

Microsoft 365, Google Workspace : le loyer monte, la dépendance reste, et le libre coûte du temps mais vous rend la main

Le 21 octobre 2026, la Cour des comptes a demandé à l’État de migrer en trois à quatre ans vers des logiciels bureautiques libres, y voyant « un gage d’indépendance des administrations publiques ». Selon elle, cette option coûterait jusqu’à 130 millions d’euros de moins par an que Microsoft 365. Quand les magistrats financiers conseillent de quitter la suite bureautique de Microsoft, la question ne concerne plus seulement les ministères : elle concerne chaque TPE, chaque association et chaque particulier qui paie un abonnement Microsoft 365 ou Google Workspace par habitude. Nous allons regarder ce que ces abonnements coûtent vraiment, expliquer pourquoi le libre reste la meilleure voie, et dire sans détour ce qu’il demande en retour.

La direction interministérielle du numérique (Dinum) estime de son côté qu’une suite libre hébergée de façon souveraine coûterait environ 100 euros par poste et par an, contre quelque 250 euros pour Microsoft 365. L’État a dépensé environ 100 millions d’euros en 2025 pour ses outils de bureautique et de travail collaboratif, une somme en hausse rapide, notamment à cause des licences, dont les quatre cinquièmes vont à Microsoft. La même dépêche de l’AFP rappelle pourtant que la plupart des ministères comptent conserver Microsoft Office en passant par Bleu, une coentreprise d’Orange et de Capgemini qui exploite la technologie de Microsoft. Pour la Cour, cela laisserait entière « la question de la dépendance à un éditeur ».

Un loyer qui ne baisse jamais

Photo de Midom (Wikimedia Foundation), licence CC BY 2.0 — via Wikimedia Commons

Du côté de Microsoft, la hausse est déjà là. Depuis le 1er juillet 2026, sept des neuf offres de Microsoft pour les entreprises voient leur prix augmenter de 5 % à 33 % (chiffres en dollars, selon TechRadar). L’éditeur justifie ces nouvelles grilles par l’enrichissement continu de ses outils. L’Essentiel de l’Éco précise que ces montants n’incluent pas Copilot, facturé en supplément 30 dollars par utilisateur et par mois, et que la hausse touche autant les nouvelles souscriptions que les renouvellements. Autrement dit, on paie plus cher des fonctions que l’on n’a pas demandées, sans possibilité réaliste de les refuser.

Google ne fait pas mieux. Avec Gemini désormais inclus dans toutes les formules Business, l’éditeur a relevé en janvier 2025 le prix de Google Workspace : Business Standard est passé de 12 à 14 dollars par utilisateur et par mois en abonnement annuel, Business Plus de 18 à 22 dollars. Pour les abonnements existants, la hausse s’applique au plus tôt à partir du 17 mars 2025, ou au renouvellement suivant. Le mécanisme est le même que chez Microsoft : l’intelligence artificielle sert d’argument pour augmenter la facture de tous, y compris de ceux qui ne s’en servent jamais. Un abonnement SaaS se renégocie rarement, il se subit.

Vos données, leur loi

Le prix n’est pas le seul problème. Le 10 juin 2025, devant une commission d’enquête du Sénat, le directeur juridique de Microsoft France, Anton Carniaux, a admis que si une injonction judiciaire américaine fondée est émise, Microsoft est légalement contraint de remettre les données, y compris celles des administrations françaises. Il a nuancé en soulignant qu’aucune entreprise européenne ni aucun organisme public n’avait, à ce jour, été affecté par une telle transmission depuis la mise en place des rapports de transparence que Microsoft publie depuis 2013. Le risque est donc juridique avant d’être statistique, mais il est reconnu par l’éditeur lui-même.

Le Cloud Act, promulgué le 23 mars 2018, permet en effet aux autorités américaines d’exiger l’accès aux données détenues par des entreprises sous juridiction américaine, même lorsqu’elles sont stockées hors des États-Unis. Peu importe que vos fichiers dorment dans un centre de données en France : le fournisseur qui les héberge reste soumis au droit américain. La Cour des comptes demande d’ailleurs que la suite libre soit hébergée par l’État ou chez un prestataire qualifié SecNumCloud, une qualification de l’Anssi qui garantit, rappelle l’AFP, « une étanchéité aux lois extraterritoriales ». Pour une TPE qui stocke des contrats, des dossiers du personnel ou des données de santé, ce n’est pas un détail de juriste.

Le libre a un coût, et il est humain

Disons-le franchement : le libre n’est pas gratuit, il déplace la dépense. Moins de licences, mais plus de temps, de formation et de patience. Clubic le résume pour le secteur public : une grande partie des agents travaille sur Microsoft Office depuis vingt ans, et « Une simple formation de deux heures pour appréhender une nouvelle interface ne suffit pas. » Les documents bourrés de macros, de formulaires ou de mises en page très poussées compliquent la conversion, et le passage à ODF, le format ouvert et normalisé, suppose un effort important d’accompagnement. Ce coût-là ne figure sur aucune facture, mais il est bien réel.

Le Land allemand du Schleswig-Holstein en offre un exemple instructif. Il a terminé le 2 octobre 2025 le passage de Microsoft Exchange et Outlook vers Open-Xchange et Thunderbird, après six mois de transition portant sur plus de 40 000 boîtes aux lettres et plus de 100 millions de courriels et d’entrées d’agenda. L’échelle n’a rien d’anecdotique. Mais tout n’est pas aussi fluide : dans une question parlementaire du 5 décembre 2025, un député FDP relevait que des fonctions manquantes ou limitées de l’application Collectives de Nextcloud, censée remplacer OneNote, étaient connues du gouvernement régional depuis décembre 2024, sans date de correction pour beaucoup d’entre elles.

Pour la Cour des comptes, une bureautique libre constitue un système « économiquement plus vertueux ».

Reconnaître ce coût n’est pas un aveu de faiblesse, c’est la condition de la réussite. Face à lui, que paie-t-on avec Microsoft 365 ou Google Workspace ? Un loyer qui monte à chaque annonce, des fonctions d’IA imposées, un contrat que l’on ne maîtrise ni sur le prix ni sur le droit applicable. L’Éducation nationale a d’ailleurs prolongé son accord-cadre avec Microsoft jusqu’en 2029, pour environ 152 millions d’euros hors taxes dont 130 millions pour les licences, quelques semaines seulement après une circulaire invitant les administrations à privilégier des logiciels libres et des offres européennes. La dépendance se signe aussi pour longtemps.

Ce que l’on y gagne vraiment

C’est là que le libre prend sa revanche, et pas seulement sur la facture. Un service SaaS propriétaire est une boîte noire : on clique, cela fonctionne, jusqu’au jour où cela ne fonctionne plus ou que le prix change. Un service libre que l’on installe, que l’on sauvegarde et que l’on surveille oblige à comprendre ce qu’est une messagerie, un annuaire, un certificat, une sauvegarde que l’on sait vraiment restaurer. Cette compétence reste chez vous quand vous changez d’outil. L’État en fait l’expérience : la Suite numérique de la Dinum, bâtie sur des logiciels libres hébergés sur des infrastructures publiques, était accessible début 2026 dans 15 ministères, avec environ 600 000 utilisateurs actifs par mois.

Le libre se construit aussi par morceaux. La gendarmerie et le fisc ont largement renoncé aux suites payantes au profit de LibreOffice, selon l’AFP, et la messagerie Tchap, développée par la Dinum, est obligatoire pour les ministres depuis la rentrée 2025, avec environ 400 000 utilisateurs actifs. Personne n’a basculé en un week-end. À l’échelle d’une petite structure, la méthode est la même : un service à la fois, la messagerie ou le stockage de fichiers d’abord, un format ouvert comme ODF pour les documents, une sauvegarde testée, et toujours une porte de sortie.

Pour les TPE, les associations et les particuliers que nous accompagnons, le message est simple : n’attendez pas la prochaine hausse pour regarder ailleurs. Il ne s’agit pas de tout quitter d’un coup, ni de promettre que le libre est sans effort, car il demande du temps, de la formation et parfois de la patience. Mais ce temps investi reste chez vous, alors que le loyer versé à un éditeur ne laisse rien derrière lui. L’accompagnement bénévole et gratuit d’Azure Informatique peut aider à faire le premier pas, dans la mesure de nos disponibilités.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude Sonnet 5.5, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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