7 novembre 202618 min de lecture

Numérique et écologie : de Petit-Landau à Windows 11, ce que coûtent nos choix

Le 15 octobre 2026, le préfet du Haut-Rhin a autorisé Microsoft à exploiter un centre de données à Petit-Landau et Hombourg, près de Mulhouse, au bord du Rhin. Selon l’Autorité environnementale, sa consommation est évaluée à plus de 1 500 GWh d’électricité par an, de l’ordre de 80 % de celle des ménages du département. Le 25 juin, Microsoft avait discrètement prolongé jusqu’au 12 octobre 2027 les mises à jour de sécurité de Windows 10 pour les particuliers. Des millions d’ordinateurs en état de marche ne peuvent pas passer à Windows 11. Le numérique a un poids bien réel, qui dépend de choix.

Nous avons croisé une soixantaine de sources pour mesurer ce poids et ces choix. Nous avons lu l’avis de l’Autorité environnementale, les conclusions du commissaire enquêteur et la délibération de Mulhouse Alsace Agglomération (m2A). S’y ajoutent les études de l’ADEME et de l’Arcep, la documentation de Microsoft, des textes européens, des travaux de chercheurs et la presse. Nous avons aussi relevé, dans les fiches que les fabricants de smartphones déposent auprès de l’Union européenne, la durée de mises à jour à laquelle ils s’engagent vraiment. Pour un particulier, une association ou une TPE, la question écologique la plus concrète est souvent celle-ci : combien de temps mon appareil sera-t-il suivi ?

Un poids d’abord matériel

Photo de Muntaka Chasant, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Selon la mise à jour publiée par l’ADEME en janvier 2025, le numérique représentait en 2022 4,4 % de l’empreinte carbone de la France et 11 % de sa consommation électrique. Le calcul inclut désormais les centres de données situés à l’étranger, qui hébergent environ 53 % des usages des Français. L’étude de 2020, menée avec l’Arcep, ne comptait que ceux situés en France : ses résultats ne se comparent donc pas directement à ceux-ci. Les terminaux (téléphones, ordinateurs, téléviseurs) pèsent 50 % de cette empreinte carbone, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %. La fabrication des équipements en représente 60 %, leur utilisation 40 %.

Équipement par équipement, la fabrication écrase tout le reste. D’après l’Insee, 97 % des émissions liées à un smartphone proviennent de sa fabrication, qui mobilise environ 70 kg de matières premières, hors eau, pour un téléphone de 150 grammes. Pour un ordinateur de 2 kg, l’ADEME compte 800 kg de matières premières et 1,5 tonne d’eau. Sa fabrication émet 183 kg d’équivalent CO2, contre 7,6 kg pour son usage. Chaque appareil gardé plus longtemps évite donc surtout d’en fabriquer un autre.

Ces appareils finissent en déchets. Le rapport mondial publié en mars 2024 par l’Union internationale des télécommunications (UIT) et l’UNITAR, deux organismes des Nations unies, compte 62 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques produites en 2022. Seuls 22,3 % de cette masse ont été collectés et recyclés de façon documentée, et la production devrait atteindre 82 millions de tonnes en 2030. En France, selon l’Insee, le taux de collecte de ces déchets chez les ménages n’atteignait que 47 % en 2023, contre 49 % en 2020, loin de l’objectif national de 65 %.

Pas plus de 1 % de la demande en terres rares essentielles n’est couverte par le recyclage des déchets électroniques. En clair, on ne peut pas continuer comme avant.

— Kees Baldé, auteur principal du Global E-waste Monitor (UNITAR), le 20 mars 2024 (traduction de la rédaction)

À Petit-Landau, un géant aux portes de Mulhouse

Le 13 mai 2024, lors du sommet Choose France, Microsoft a annoncé 4 milliards d’euros d’investissements en France, pour son infrastructure de nuage et d’IA, la formation et les jeunes pousses. Un nouveau site de centres de données verrait le jour « au sein de Mulhouse Alsace Agglomération » ; d’après Reporterre, il mobilise la moitié de la somme. Brad Smith, président du groupe, parlait du « plus gros investissement de Microsoft en France » de son histoire. Selon Le Journal des Entreprises, les 800 habitants de Petit-Landau l’ont appris par un papier glissé dans leur boîte aux lettres. Le projet compte trois unités sur un peu moins de 36 hectares, pour 150 à 200 emplois directs annoncés.

Le 19 mars 2026, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) du Grand Est a rendu un avis sévère. Évaluée à plus de 1 500 GWh par an, la consommation du site équivaut à celle de plus de 280 000 ménages. C’est aussi la production photovoltaïque du Grand Est en 2024. Avec ses 111 groupes électrogènes de secours, le site relève des régimes IED et Seveso. Par comparaison avec des sites similaires, la MRAe estime que ces groupes pourraient accroître d’environ 20 % les rejets d’oxydes d’azote de l’Alsace. L’agglomération avance 0,23 % des émissions régionales, pour un cas jugé improbable : 48 heures de marche simultanée. L’étude des dangers étant entièrement confidentielle, la MRAe a recommandé au préfet de surseoir à l’instruction.

La centrale hydroélectrique d’Ottmarsheim, voisine du site prévu par Microsoft. Selon Reporterre, le centre de données pourrait absorber toute sa production. Photo de Thomas Berwing, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Le refroidissement fonctionnera en circuit fermé, rempli avec l’eau potable du réseau. Dans ses conclusions, le commissaire enquêteur affirme qu’il n’y aura « pas de prélèvement d’eau dans la nappe phréatique, ni par forage, ni par pompage ». Selon m2A, le procédé consommera près de 1 100 m³ par an ; priée de présenter tous ses besoins, l’entreprise annonce environ 4 670 m³. La nappe du fossé rhénan, environ trois fois le volume du lac de Constance, fournit l’eau potable de près de cinq millions de personnes. Quant à la chaleur rejetée, à 30 °C, les études la jugent trop froide pour le chauffage urbain, qui demande une centaine de degrés ; une valorisation agricole est évoquée.

L’enquête publique, du 1er juin au 3 juillet 2026, a recueilli 665 contributions, dont 535 défavorables et 29 favorables. Beaucoup visaient les centres de données en général, note le commissaire enquêteur, qui a rendu le 3 août un avis favorable, avec une seule réserve sur le bruit. La commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers s’était opposée à la modification du plan local d’urbanisme. Le 22 juin, m2A avait voté un avis favorable, tout en reconnaissant que la consommation du projet « semble de prime abord en contradiction » avec son plan climat. Le 15 octobre, le préfet a signé l’autorisation, assortie de conditions ; les permis de construire relèvent des deux communes.

Le collectif « IA pas moyen », qui réunit notamment Alsace Nature et Stop Fessenheim, s’oppose au projet ; sa pétition dépassait 3 400 signatures en août. D’après la radio ICI Alsace, les opposants comptaient déposer des recours dans les jours suivant l’arrêté. Contacté par Reporterre en août, Microsoft n’avait pas répondu. La délibération de m2A indique que l’entreprise ambitionne de couvrir 100 % de sa consommation par de l’énergie décarbonée, avec un bilan carbone négatif en 2030. Le chantier commencerait fin 2027 selon ICI Alsace, à partir de 2029 selon l’AFP.

Le média Contexte a raconté, le 13 novembre 2025, les coulisses du projet. Le 26 juin 2025, en réunion publique à Petit-Landau, le sous-préfet Julien Le Goff l’a défendu au nom de la souveraineté. « Si l’on veut rester maîtres de notre destin, il faut rester maîtres de nos données », a-t-il lancé. Microsoft s’est adjoint les services d’un ancien directeur des affaires publiques de Huawei France. D’après le secrétaire général de la mairie de Petit-Landau, ses représentants ont demandé « ce qu’ils pouvaient payer », comme la rénovation de la salle polyvalente. Microsoft annonçait une hausse du niveau sonore d’au plus 3 décibels la nuit ; le maire de Hombourg craignait de « souffrir du bruit 365 jours par an ».

À notre avis, l’argument de la souveraineté sonne étrangement quand il s’agit d’héberger les services d’une entreprise américaine. Le débat n’oppose pas le progrès à la nostalgie : il porte sur l’usage des terres agricoles, de l’électricité et de l’eau d’un territoire, et sur qui en décide. Or le cadre national pousse à la vitesse. Depuis la loi de simplification du 26 mai 2026, un décret peut qualifier un centre de données de « projet d’intérêt national majeur » ; le préfet instruit alors le permis de construire. Ce n’est pas le cas ici : il revient à Petit-Landau et Hombourg de se prononcer sur les permis. Pour la consommation mondiale des centres de données, nous renvoyons à notre enquête sur l’avenir de l’IA.

Windows 11, des PC déclarés trop vieux

Windows 11 impose une puce de sécurité TPM 2.0, un micrologiciel UEFI compatible Secure Boot et 4 Go de mémoire vive. Le processeur doit figurer sur une liste fermée, qui commence aux Intel Core de 8e génération. Les éditions Famille et Pro à usage personnel exigent en outre une connexion Internet et un compte Microsoft lors de la première configuration. Pour bien des PC écartés, ce n’est pas la puissance qui manque : c’est l’âge du processeur ou l’absence de TPM 2.0. Des machines vendues avec Windows 10 quelques années plus tôt ne remplissent pas les conditions pour installer le nouveau système.

Un module TPM sur une carte mère. Microsoft exige la version 2.0 de cette puce de sécurité pour installer Windows 11. Photo de FxJ, domaine public — via Wikimedia Commons

Microsoft justifie ces exigences par la sécurité. Le 3 décembre 2024, un billet de Steven Hosking, publié sur un blog de l’éditeur, qualifiait le TPM 2.0 de norme « non négociable » pour l’avenir de Windows. Sur son blog, Michael Niehaus, spécialiste du déploiement de Windows, reconnaît la logique de sécurité. Il a pourtant constaté dès 2021 que seuls deux de ses dix PC remplissaient l’exigence processeur, alors que tous fonctionnaient sous Windows 10 sans problème. Pour lui, l’enjeu tient surtout aux pilotes de périphériques plutôt qu’aux processeurs eux-mêmes.

Le support de Windows 10 a pris fin le 14 octobre 2025. Microsoft propose depuis des mises à jour de sécurité étendues, dites ESU. Dans l’Espace économique européen, elles sont gratuites, mais liées à un compte Microsoft : si l’on cesse de s’en servir pour ouvrir sa session, elles s’interrompent au bout de 60 jours au plus. Elles devaient s’arrêter en octobre 2026. Par une simple note ajoutée le 25 juin 2026 à un ancien billet, Microsoft les a prolongées jusqu’au 12 octobre 2027. L’éditeur a expliqué à BleepingComputer comprendre que passer à un nouveau PC puisse prendre du temps.

Combien de PC sont concernés ? Les estimations divergent, et aucune ne mesure les ordinateurs réellement jetés. Le cabinet Canalys projetait en décembre 2023 environ 240 millions de PC susceptibles de finir en déchets, soit 480 millions de kilogrammes. En avril 2025, le CERT-FR comptait 68 % des postes des organismes qui utilisent son service ADS sous une version antérieure à Windows 11.

En France, l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée), l’UFC-Que Choisir et vingt autres organisations ont lancé en septembre 2025 une pétition qui a recueilli près de 47 000 signatures en quinze jours. Elles réclamaient des correctifs de sécurité gratuits pour Windows 10 jusqu’en 2030. Elles demandaient aussi une loi garantissant au moins quinze ans de mises à jour logicielles et l’information obligatoire des utilisateurs sur le passage à un système libre. Frédéric Bordage, cofondateur de GreenIT, rappelait alors à Reporterre que Linux peut donner une seconde vie à ces machines.

Une porte-parole de Microsoft a répondu à Reporterre que la durée de support était un engagement « communiqué aux consommateurs avant le lancement de Windows 10 ». L’éditeur avait par ailleurs documenté, puis retiré de sa page d’aide, une clé de registre qui permettait d’installer Windows 11 sur un PC non conforme. Il recommande désormais de revenir à Windows 10 immédiatement dans ce cas. À notre avis, l’exigence de sécurité est légitime, mais la frontière tracée en 2021 écarte des machines parfaitement capables, et la prolongation de juin 2026 montre que le calendrier pouvait bouger.

Notre relevé : combien d’années de mises à jour ?

Depuis le 20 juin 2025, le règlement européen d’écoconception des smartphones et tablettes impose des pièces détachées pendant au moins sept ans après la fin de commercialisation. Il exige aussi des batteries tenant 800 cycles à 80 % de leur capacité. Pour le logiciel, il vise une période d’au moins cinq ans après la fin de commercialisation. Pendant ce délai, les mises à jour que les fabricants « apportent » doivent être gratuites pour toutes les unités du modèle. Chaque modèle vendu dans l’Union a une fiche publique dans la base européenne EPREL, avec la durée garantie. L’étiquette énergie la note : 1 sur 5 pour cinq ans, 5 sur 5 à partir de sept ans.

Un Fairphone 5 démonté pièce par pièce. Pour son modèle suivant, Fairphone est le seul fabricant de notre relevé à déclarer 8 ans de mises à jour à l’Union européenne. Photo de Fairphone, licence CC BY-SA 2.0 — via Wikimedia Commons

Le résultat est net. Sur les fiches que nous avons consultées, un échantillon et non un recensement, Apple, Samsung et Google déclarent 5 ans de mises à jour après la fin de commercialisation : le minimum réglementaire. Apple et Samsung obtiennent ainsi une note de 1 sur 5 pour ce critère. La fiche de Google se contredit : elle annonce 5 ans, mais affiche une note de 5 sur 5. Seul Fairphone déclare 8 ans pour son modèle de sixième génération, avec la note maximale. Hormis celle de Fairphone, ces fiches ne donnent qu’une référence technique, sans nom commercial ; ce sont pourtant des déclarations officielles.

Le discours commercial affiche des durées plus longues, mais comptées autrement. Google promet sept ans de mises à jour du système et de sécurité aux Pixel 8 et suivants. Samsung étend ses mises à jour de sécurité « jusqu’à » sept ans depuis janvier 2024, en précisant que la liste des modèles concernés est sujette à changement. Apple ne publie aucune durée sur ses pages d’aide. En pratique, iOS 27 reste compatible avec l’iPhone 11, lancé en 2019, sans engagement écrit.

Le piège tient au point de départ du décompte. Google compte depuis le lancement sur son magasin américain, le règlement européen depuis la fin de commercialisation du modèle. Aucune de ces durées ne part du jour où le consommateur achète son appareil. Avec un décompte depuis le lancement, un téléphone acheté deux ans après sa sortie a déjà consommé deux ans de suivi. Avant tout achat, neuf ou reconditionné, il faut donc regarder quand le modèle a été lancé.

Côté ordinateurs, les engagements sont plus flous encore. Microsoft suit chaque version annuelle de Windows 11 pendant 24 mois pour les éditions Famille et Pro, sans dire combien d’années un PC donné restera compatible. La distribution communautaire Debian suit chaque version cinq ans, dont deux de suivi à long terme : la 13e, publiée en août 2025, est couverte jusqu’en juin 2030. L’Arcep juge que la vie d’un ordinateur « peut facilement dépasser 10 à 15 ans ». Elle a proposé à la Commission européenne que les fabricants assurent pendant dix ans la maintenance du système qu’ils préinstallent.

Faire durer, un levier qui progresse lentement

Dans les faits, les Français gardent leur smartphone un peu plus longtemps qu’avant. Selon le Baromètre du numérique 2025, 48 % des détenteurs avaient leur appareil depuis moins de deux ans en 2024, contre 63 % en 2020. Sept renouvellements sur dix sont contraints, d’abord par un défaut de fonctionnement ; 5 % sont dus à un système d’exploitation qui n’est plus à jour. En 2023, l’ADEME et l’Arcep retenaient une durée moyenne d’utilisation de deux ans et demi, une donnée difficile à mesurer. On reste loin des 5 à 10 ans de vie potentielle évoqués par des acteurs interrogés par l’Arcep en 2021.

L’allongement de la durée de vie des équipements figure en tête des principales mesures recommandées par l’ADEME. Selon une étude qu’elle a publiée en septembre 2022, un smartphone reconditionné plutôt que neuf évite de 64 à 87 % de l’impact environnemental annuel. Pour un ordinateur portable, c’est de 43 à 97 %. Mais « plus le nombre de pièces changées est important, plus l’avantage se réduit », prévient l’agence. Idéalement, un smartphone ne devrait être reconditionné qu’après trois ans, un PC après quatre à cinq ans, et le second utilisateur devrait le garder aussi longtemps que possible.

Le reconditionné progresse peu. Selon l’Arcep, 78 % des téléphones avaient été achetés neufs en 2024 et 22 % d’occasion ou reconditionnés, une proportion qui évolue peu. En 2023, parmi ceux qui avaient déjà acheté un mobile reconditionné, 62 % l’avaient fait pour des raisons économiques, 27 % pour des raisons environnementales. Seuls 13 % des internautes jugeaient alors utile de privilégier le reconditionné pour limiter l’impact du numérique. D’après l’Insee, les moins de 30 ans y recourent plus souvent (20 %, contre 12 % en moyenne), notamment pour des raisons financières.

Le droit avance lentement. Pour la première fois en France, un fabricant est jugé pour délit d’obsolescence programmée. Il est notamment reproché à Epson de bloquer les impressions alors que les cartouches ne sont pas réellement vides. Le fabricant d’imprimantes, qui « rejette catégoriquement » l’accusation, a comparu le 2 juillet 2026 devant le tribunal judiciaire de Nanterre et risque 300 000 euros d’amende. L’association HOP, à l’origine de la plainte, indique que les plaidoiries auront lieu le 25 février 2027 : aucune décision n’est donc attendue avant cette date.

Linux, une seconde vie sous conditions

Une autre voie existe pour les ordinateurs écartés par Windows 11 : installer un système libre. Née en novembre 2024, la campagne End of 10 a été lancée publiquement le 28 mai 2025, avec le soutien de KDE, d’autres communautés du libre et de Repair Café International. Son credo, militant : l’ordinateur le moins cher et le plus écologique est celui que l’on possède déjà. Dans la région, sa carte mentionne notamment la Hackstub à Strasbourg, les rendez-vous mensuels d'Alsace Réseau Neutre dans les médiathèques de l’Eurométropole, l’association LIS67 à Sélestat et l’Atelier Linux Mulhouse à Illzach.

Les chiffres restent modestes. Selon StatCounter, Linux représentait 5,01 % des pages vues depuis un ordinateur de bureau en France en octobre 2026, loin derrière Windows. Le 8 avril 2026, la direction interministérielle du numérique (DINUM) a annoncé passer sous Linux ses propres ordinateurs, environ 250 postes. Elle a cité en exemple la Gendarmerie, dont 70 000 postes fonctionnent sous ce système. Des distributions conçues pour rassurer les habitués de Windows, comme Zorin OS, partenaire de la campagne End of 10, facilitent la transition.

Il faut aussi en dire les limites. Microsoft Office n’existe pas en version native pour Linux, et les pilotes de certains copieurs ou scanners d’entreprise peuvent tourner au casse-tête, prévient Florian Burnel, cofondateur du site IT-Connect. Distingué par Microsoft comme expert (MVP), il juge pourtant la démarche de l’État « encourageante » et estime qu’elle « doit être soutenue ». À notre avis, pour un usage courant (navigation, courriel, photos), ces obstacles pèsent moins, mais un accompagnement reste souvent utile pour franchir le pas.

Les objections, et ce qui pousse à changer

Un appareil neuf, plus efficace, ne serait-il pas meilleur pour la planète ? Une étude de l’Öko-Institut, menée avec le Fraunhofer IZM pour le ministère fédéral allemand de l’Environnement, a répondu en 2012 pour les ordinateurs portables. Avec un modèle neuf 10 % plus efficace, les économies d’énergie ne compensent sa fabrication qu’au bout de plusieurs décennies ; même avec un gain irréaliste de 70 %, il faut 13 ans. Les chiffres sont anciens, mais le raisonnement vaut d’autant plus en France. La production d’électricité y a émis 19,6 g d’équivalent CO2 par kWh en 2025, selon RTE, contre 175 g en moyenne pour l’Union européenne, la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni.

La sécurité est l’objection la plus sérieuse : un appareil sans mises à jour devient plus vulnérable. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de vérifier, avant d’acheter un matériel ou un logiciel, la date de fin des mises à jour. Le CERT-FR conseille d’isoler du système d’information un poste obsolète qu’on ne peut pas migrer. Le libre n’échappe pas à la question : Debian 13 ne fournit plus de noyau officiel pour les PC 32 bits. En 2024, Red Hat envisageait pour sa version 10 un socle qui écarterait les processeurs Intel antérieurs à 2013, AMD antérieurs à 2015 et certains Atom récents. La logique rappelle celle de Windows 11. À notre avis, ces limites restent moins sévères, et Red Hat vise d’abord les serveurs d’entreprise.

L’industrie avance un autre argument : le numérique ferait baisser les émissions ailleurs. Le rapport SMARTer2030, préparé par Accenture pour l’association d’industriels GeSI en 2015, affirmait qu’il pourrait réduire de 20 % les émissions mondiales d’ici 2030. En 2024, des chercheurs, dont Jan Bieser et Vlad Coroamă, ont passé au crible les calculs de ce type publiés par les opérateurs télécoms. Leur article, paru dans le Journal of Industrial Ecology, relève des périmètres incohérents, de possibles doubles comptes et des effets rebond ignorés. Surtout, seuls les services susceptibles de réduire les émissions y sont comptés.

Le marché, enfin, pousse au renouvellement. Bouygues Telecom propose avec Smart Change de profiter « d’un nouveau téléphone tous les 12 ou 24 mois », avec reprise de l’ancien appareil. L’Arcep estimait en 2021 que le type de contrat avait un lien limité avec la durée de détention : les smartphones actifs auraient en moyenne 32 mois d’ancienneté, contre 29 pour les subventionnés. Elle citait le marketing et la publicité parmi les facteurs qui jouent sur la durée d’usage, sans conclure sur l’effet de chacun. L’ADEME est plus nette : « L’obsolescence culturelle ou marketing est un levier puissant de renouvellement trop fréquent des équipements ».

Notre avis : nos choix comptent

À notre avis, le numérique n’est pas neutre. Un téléphone mobilise des dizaines de kilos de matières avant d’être allumé. Le centre de données de Petit-Landau consommerait autant que des centaines de milliers de foyers. Une décision logicielle peut écarter des millions d’ordinateurs qui fonctionnent. Mais ce poids n’a rien d’une fatalité. Il dépend de choix : ceux des éditeurs, des collectivités et de l’État, et aussi les nôtres. À notre échelle, le geste le plus utile est de ne pas changer de téléphone tous les deux ou trois ans, et de garder ses appareils tant qu’ils rendent service.

Avant d’acheter, vérifiez que le fabricant et l’éditeur assurent un suivi sur le long terme, et depuis quand il se compte. Pour un smartphone neuf, la fiche EPREL donne la durée garantie, comptée après la fin de commercialisation du modèle. Méfiez-vous des promesses « jusqu’à », et rapprochez-les de ce que le fabricant déclare officiellement. Sur un ordinateur, une distribution libre suivie plusieurs années, comme Debian, peut redonner vie à une machine refusée par Windows 11. Réparer, reconditionner, transmettre : chaque année de vie gagnée compte.

Notre objectif n’est pas de culpabiliser, mais de faire réfléchir et d’accompagner le changement grâce au logiciel libre. C’est le sens de l’accompagnement bénévole et gratuit que nous proposons, dans la mesure de nos disponibilités. Il peut s’agir d’installer Linux sur un PC que Windows 11 refuse, de choisir un téléphone suivi longtemps ou de quitter peu à peu les outils qui enferment. Les ateliers alsaciens recensés par End of 10 font ce travail aussi. Quant au centre de données de Petit-Landau, autorisé par le préfet et visé par des recours annoncés, son avenir relève lui aussi d’un choix collectif.

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Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle, faits confrontés aux sources ci-dessus. En savoir plus

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