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2 octobre 20266 min de lecture

Saracroche : l’application libre et gratuite qui bloque le démarchage sans rien collecter

Un numéro inconnu s’affiche, vous décrochez, et c’est une proposition commerciale sur des panneaux solaires, une isolation ou un « compte personnel de formation ». Parfois, c’est même une arnaque. Face à ce harcèlement quotidien, un développeur toulousain, Camille Bouvat, a publié en 2025 Saracroche, une application iOS et Android qui bloque les appels indésirables. Elle est gratuite, sans publicité et libre (licence GNU GPLv3). Sur son site, le projet revendique aujourd’hui 2,3 millions d’utilisateurs, une note moyenne de 4,9 sur 5 sur l’App Store et environ 16 millions de numéros bloqués ou identifiés.

L’histoire commence modestement. Interrogé par France Info, Camille Bouvat explique avoir créé l’application en quelques heures, d’abord pour lui-même : « Quand je l’ai sortie, je l’ai faite pour moi, pour mes proches et ça a très vite pris. » Son objectif tenait en une phrase : « Mon but était de faire quelque chose de simple, en toute transparence, qui respecte la vie privée aussi. » Il s’est inspiré d’outils comme Orange Téléphone, devenus payants. Le nom, lui, est un jeu de mots que France Info qualifie de « blague de collégien ».

Une base de numéros stockée sur le téléphone

Illustration officielle du projet Saracroche — via saracroche.org

Le principe est simple : les listes de numéros à bloquer sont stockées sur le téléphone. Chaque appel entrant est comparé à cette base locale, sans requête vers un serveur, ce qui permet à l’application de fonctionner hors connexion. Sur iPhone, elle s’appuie sur les extensions CallKit d’Apple : le blocage est assuré par le système lui-même, avant même que le téléphone ne sonne. Sur Android, elle utilise le service de filtrage d’appels du système (Call Screening Service), à partir d’Android 10. Côté iPhone, il faut iOS 15.6 ou plus récent, et l’application ne pèse que quelques mégaoctets.

Ces listes viennent de deux sources : les données de l’ARCEP, le régulateur des télécoms, et les signalements des utilisateurs. Depuis le 1er janvier 2023, l’ARCEP réserve en effet aux centres d’appels des tranches de numéros précises (01 62, 01 63, 02 70, 02 71, 03 77, 03 78, 04 24, 04 25, 05 68, 05 69, 09 48 et 09 49) et interdit d’utiliser des numéros fixes, mobiles (06 et 07) ou en 09 pour les appels émis par des systèmes automatisés, sauf exceptions prévues au plan de numérotation. Bloquer ces tranches entières écarte mécaniquement une grande partie du démarchage commercial, comme l’explique Korben. L’application iOS décrit ces ensembles par des motifs à jokers, du type 33899###### (un préfixe suivi de chiffres quelconques), plutôt que numéro par numéro.

La base est mise à jour en arrière-plan : le dépôt de l’application iOS évoque un rafraîchissement toutes les six heures, tandis qu’iGeneration décrit une mise à jour quotidienne lorsque l’iPhone est en charge et connecté au Wi-Fi. La liste a grossi vite : 12 millions de numéros début avril 2026 selon La Dépêche, 15 millions deux semaines plus tard d’après France Info, environ 16 millions aujourd’hui. France Info précise qu’elle inclut aussi des numéros en 07 déjà signalés comme tentatives d’hameçonnage, au-delà des seuls préfixes réservés.

Vie privée et code ouvert

C’est sans doute l’argument le plus fort. Selon sa politique de confidentialité, l’application « ne collecte aucune donnée personnelle », ne demande pas d’accès à vos contacts et n’utilise ni cookie ni service tiers. Deux échanges seulement ont lieu avec le serveur : le téléchargement régulier des listes, qui ne transmet aucune donnée, et le signalement volontaire d’un numéro, qui envoie ce numéro accompagné d’un identifiant aléatoire (UUID) généré à l’installation. Les données sont hébergées en France, chez Scaleway.

Le code source est publié sous licence GNU GPLv3 : transparent et auditable par tous.

Cette transparence ne repose pas que sur une promesse : le code des applications iOS (en Swift) et Android (en Kotlin) est publié sur Codeberg, ce qui permet à quiconque de l’examiner, de l’améliorer ou de le compiler soi-même. Les deux dépôts affichent plusieurs centaines de commits chacun, signe d’un projet suivi de près. L’application Android est aussi distribuée sur F-Droid, le catalogue d’applications libres, qui signale simplement qu’elle s’appuie sur un service réseau, saracroche.org, pour le signalement des numéros.

Au-delà des appels : SMS, signalement et feuille de route

Depuis février 2026, Saracroche filtre aussi les SMS indésirables sur iPhone. Il suffit de la choisir comme service de filtrage dans les réglages de Messages, explique iGeneration, qui précise qu’on peut également signaler un appel indésirable directement depuis l’historique d’appels. Sur Android, la fiche F-Droid mentionne elle aussi le blocage des SMS, ainsi qu’un mode « contacts uniquement », des listes personnelles de numéros bloqués ou autorisés, des motifs à jokers et un annuaire inversé. Le site du projet propose d’ailleurs lui aussi un annuaire inversé en ligne.

La feuille de route publique donne la suite : une liste dédiée aux SMS frauduleux (préparée pour la version 5), une liste participative, alimentée par les signalements de la communauté et mise à jour chaque jour (version 6), la possibilité de choisir entre plusieurs listes (ARCEP, opérateurs…), une liste blanche personnalisable, une extension à d’autres pays (Belgique, Suisse, Canada…) et une API publique pour consulter les numéros signalés.

Gratuite, mais pas sans soutien

Saracroche est développée bénévolement et vit de dons volontaires (carte bancaire, PayPal ou Liberapay) : ni publicité, ni revente de données, ni abonnement, résume Presse-citron. Le projet propose aussi une édition destinée aux entreprises, avec tableau de bord centralisé, listes de numéros de confiance et déploiement sur les parcs de téléphones par MDM, d’après le dépôt iOS ; l’application grand public, elle, reste gratuite. Pour aider autrement, le site invite à la partager, à la noter, à signaler des numéros indésirables ou à contribuer au code.

La presse s’en est largement fait l’écho : le site recense une vingtaine de reprises, d’iGeneration en avril 2025 à 20 Minutes en mai 2026, en passant par Le Monde, Numerama, France Info, BFMTV, Ouest-France ou 01net. En avril 2026, France Info comptait plus de 600 000 utilisateurs ; le site du projet en affiche désormais 2,3 millions.

Une loi qui ne règle pas tout

Le contexte légal vient pourtant de changer. Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique auprès des consommateurs suppose leur accord préalable, explicite, libre et éclairé, sauf exceptions comme un contrat en cours, et la liste d’opposition Bloctel a été supprimée, selon l’Institut national de la consommation. Camille Bouvat dit s’attendre, rapporte France Info, à ce que ces nouvelles règles soient vite contournées. Une loi n’arrête de toute façon que ceux qui la respectent : les arnaqueurs n’en tiennent aucun compte.

Saracroche n’est pas une solution magique. Elle repose sur des listes : un numéro usurpé ou jamais signalé peut passer entre les mailles, ce que relève Korben, pour qui l’application ne bloque pas de façon fiable les numéros usurpés utilisés dans les arnaques. Face aux escroqueries, la vigilance reste la meilleure défense : ne jamais communiquer un code reçu par SMS et, en cas de doute sur un appel de sa banque, raccrocher puis rappeler le numéro officiel.

Chez Azure Informatique, nous défendons le logiciel libre, l’hébergement en France et le respect de la vie privée : Saracroche coche les trois. Elle montre aussi ce qu’un développeur seul peut accomplir avec une idée simple, un code ouvert et la confiance de ses utilisateurs. Nous la recommandons aux particuliers comme aux professionnels, et nous pouvons vous aider à la déployer sur vos téléphones. Si elle vous rend service, un don, une note ou le signalement d’un numéro suffisent à la faire vivre.

Article rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (Claude, Anthropic), faits confrontés aux sources ci-dessous. En savoir plus

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