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3 novembre 20264 min de lecture

OpenVDDK réécrit en libre le VDDK que Broadcom réserve désormais à ses partenaires

L’architecte cloud Andrija Panić a publié OpenVDDK, une réécriture libre du VDDK, la bibliothèque de VMware utilisée par des outils de sauvegarde et de migration. La version 0.7.4 est sortie le 29 octobre 2026, sous licence Apache 2.0. Elle répond à une décision de Broadcom, propriétaire de VMware, qui a fermé l’accès public à ce kit. Les structures qui veulent transférer leurs machines virtuelles vers une autre plateforme gagnent ainsi une solution de plus, encore jeune.

Le VDDK (Virtual Disk Development Kit) permet à un logiciel tiers de lire les disques virtuels de VMware depuis l’extérieur de l’hyperviseur, le programme qui fait tourner ces machines. Broadcom a retiré ses pages de téléchargement publiques vers le 25 août 2026, sans avertissement. Seuls ses partenaires y ont désormais accès. Comme sa licence interdit la redistribution, aucune distribution Linux ne peut le fournir à la place de l’éditeur.

Broadcom invoque une licence à part

Interrogé par TechTarget, Broadcom affirme que le VDDK ne fait pas partie des droits acquis par ses clients. Ce kit relèverait d’une licence indépendante et n’aurait jamais été compris dans un achat de logiciel Broadcom. Nicole Silva, de l’éditeur Platform9, estime que ce retrait a perturbé de nombreuses migrations déjà en cours. Pour Mike Leone, analyste chez Moor Insights & Strategy, l’accès à la bibliothèque devient une affaire de contrat. Il conseille aux acheteurs de demander à leur fournisseur comment il se la procure.

Capture d’écran de Proxmox Server Solutions GmbH, licence GNU AGPL v3 ou ultérieure — via Wikimedia Commons

Les outils de migration sont pris de court. La documentation d’Azure Migrate, le service de Microsoft, demande de télécharger le VDDK sur le portail de Broadcom, une page qui a disparu. Elle propose de se rabattre sur une migration par agent, c’est-à-dire un logiciel installé dans chaque machine virtuelle. Red Hat prépare de son côté un correctif et a publié une solution de contournement.

Ce que fait OpenVDDK, et ses limites

OpenVDDK se présente comme un remplaçant direct du fichier libvixDiskLib.so.8.0.3 : les logiciels qui chargeaient la bibliothèque de VMware chargent la sienne à la place. Andrija Panić l’a écrit en Go, un langage de programmation. Le site du projet assure qu’il a été conçu de zéro, à partir de la seule documentation publique et de tests dits en boîte noire, sans aucun code de VMware. Ces tests observent le comportement de l’original sans en examiner l’intérieur.

Le projet reprend les 43 fonctions publiques de la version 8.0.3 et trois modes de transfert. Avec HotAdd, la copie instantanée du disque est rattachée à une machine virtuelle relais, qui la lit. Viennent ensuite NBD et NBDSSL ; ce dernier chiffre la connexion. Ses tests couvrent vSphere 6.7 U3, 7.0.3, 8.0.3 et 9.1.1, la plateforme de virtualisation de VMware.

Supprimer le VDDK accroît certainement le risque d’enfermement chez le fournisseur.

— Matthew Flug, analyste chez IDC (traduction de la rédaction)

OpenVDDK affiche clairement ses limites. Il ne fait que lire les disques : l’écriture n’est pas prise en charge, par choix de conception. Il sert à la sauvegarde et à la migration. Il fonctionne sous Linux, sur processeurs x86-64. Son dépôt n’accepte pas encore de contributions extérieures. Enfin, ce projet indépendant n’a aucun lien avec Broadcom, qui ne le cautionne pas.

Des premiers retours à nuancer

The Register fait état de migrations réussies, signalées par des testeurs indépendants. Elles ont été menées avec l’outil Forklift, de VMware vers la plateforme KubeVirt, ou avec une chaîne d’outils aboutissant à Proxmox VE. Un fournisseur de cloud allemand a aussi migré un gros serveur de fichiers avec V2K Migrate, un outil créé par Andrija Panić lui-même. L’auteur d’OpenVDDK prévient que ces retours ne sont ni des recommandations de clients auditées de façon indépendante, ni une garantie pour tout environnement de production.

D’autres portes de sortie

OpenVDDK n’est pas la seule issue. Proxmox VE, plateforme de virtualisation libre, intègre à partir de sa version 8 un outil d’import des machines VMware. Il a été testé sur ESXi, l’hyperviseur de VMware, de la version 6.5 à la 8.0. Il ne sait importer ni les disques stockés sur vSAN, le stockage distribué de VMware, ni les disques chiffrés. OpenNebula revendique 96 % de réussite pour son outil OneSwap. Nutanix, enfin, a adapté Move, son logiciel de migration, pour se passer de la bibliothèque.

Nous retenons qu’une dépendance peut se cacher dans un simple fichier. Une TPE, une PME ou une collectivité encore sous VMware a intérêt à demander dès maintenant à son fournisseur comment son outil de sauvegarde ou de migration accède aux disques. Avant d’utiliser OpenVDDK, mieux vaut l’essayer sur une copie, avec une sauvegarde complète à portée de main. Le projet est jeune : ses prochaines versions méritent d’être suivies. Notre article sur Tesco, qui semble passer de VMware à Proxmox, revient sur le support et la dépendance à un éditeur.

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