6 novembre 20264 min de lecture

La Bavière et le Schleswig-Holstein s’allient pour réduire leur dépendance à Microsoft

Le 4 novembre 2026, à Berlin, le ministère du Numérique de la Bavière et la chancellerie d’État du Schleswig-Holstein ont signé un accord de coopération. Ces deux Länder, les États fédérés allemands, veulent réduire leur dépendance aux grands groupes américains comme Microsoft. Ils partageront leurs expériences et développeront ensemble des logiciels et des infrastructures ouverts. Ces outils devront être interopérables, c’est-à-dire capables d’échanger fichiers et données avec d’autres programmes, et indépendants de tout éditeur.

L’accord s’inscrit dans un calendrier commun. En décembre 2025, l’État fédéral et les Länder sont convenus, dans leur agenda commun de modernisation, de disposer d’ici au 31 mars 2027 d’alternatives souveraines aux logiciels propriétaires du poste de travail. Un logiciel propriétaire reste entre les mains de son éditeur, qui en garde le code et fixe seul les conditions d’usage. Les deux signataires veulent appliquer ensemble cette décision de la conférence des ministres-présidents, qui réunit les chefs de gouvernement des États fédérés.

Le Schleswig-Holstein montre la voie

Le Schleswig-Holstein fait figure, depuis des années, de pionnier allemand du logiciel libre dans l’administration. Selon son bilan du 4 décembre 2025, près de 80 % des postes, hors administration fiscale, travaillaient avec la suite bureautique libre LibreOffice. Près de 44 000 boîtes aux lettres avaient aussi migré vers Open-Xchange, une plateforme de messagerie, utilisée avec Thunderbird, un logiciel installé sur l’ordinateur pour lire ses courriels. Cette migration date pour l’essentiel d’octobre 2025. Après le courrier et la bureautique, la chancellerie de Kiel, la capitale du Land, tourne désormais en grande partie sous Linux.

Photo de DYVER, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Le Land met en avant l’argument financier. Selon son communiqué, il économise déjà plus de quinze millions d’euros de licences ; le site eGovernment indique que cette somme est évitée chaque année. En regard, le gouvernement régional prévoit en 2026 neuf millions d’euros d’investissements uniques pour la migration et le perfectionnement des solutions libres. La bascule n’est pas totale pour autant. D’après BornCity, LibreOffice est désormais installé par défaut sur 100 % des postes, mais environ 20 % des ordinateurs gardent des licences individuelles d’Excel ou de Word pour des besoins particuliers.

La Bavière renonce au contrat-cadre

La Bavière, elle, sort d’une sérieuse querelle au sein de sa coalition. Le ministre des Finances, Albert Füracker, voulait signer avec Microsoft un contrat-cadre pluriannuel, c’est-à-dire un accord global de licences, pour l’administration et les communes. Selon la presse, son coût pouvait atteindre un milliard d’euros. Le ministre du Numérique, Fabian Mehring, membre des Freie Wähler, s’y opposait. Le ministre-président Markus Söder a soutenu publiquement Albert Füracker, sans changer l’issue (All About Security, 4 juin 2026).

Le ministère des Finances a mis fin aux négociations avec Microsoft, pour l’instant du moins, précise heise online. Les Verts bavarois relèvent que les dépenses du gouvernement en produits Microsoft sont passées depuis 2020 d’environ trente millions à environ quarante-neuf millions d’euros. Le ministère du Numérique teste désormais, dans le projet SovereignIT, des logiciels de remplacement dans le travail quotidien de ses agents. D’ici à la fin mars 2027, un agent sur cinq doit y travailler uniquement avec une solution souveraine.

Souveraineté numérique : le choix, pas l’isolement

Fabian Mehring justifie l’accord par la sécurité de l’État. Il invoque le CLOUD Act, une loi américaine sur l’accès des autorités aux données, et l’éventualité d’un interrupteur numérique qui couperait les systèmes à distance. À ses yeux, qui n’a pas de solution de rechange se retrouve à la merci des autres. Le ministre ne prône pas pour autant l’autarcie, mais une liberté de choix d’égal à égal. Dans les achats publics, il veut que la souveraineté pèse autant que la rentabilité et les fonctionnalités.

Nous ne devons pas, en nous enfermant chez un fournisseur, nous placer dans des dépendances économiques qui nous exposent au chantage.

— Fabian Mehring, ministre du Numérique de Bavière (traduction de la rédaction)

Pour Dirk Schrödter, ministre et chef de la chancellerie du Schleswig-Holstein, l’innovation ouverte et le logiciel libre sont les instruments décisifs. Il veut employer l’argent public à renforcer l’économie numérique locale. Aucun des articles consultés ne fait état d’une réaction de Microsoft. À notre avis, l’intérêt de l’accord tient au partage d’expérience. Le pilote danois de Collabora Office, arrêté sans bilan après une réorganisation gouvernementale, montre qu’un essai isolé reste à la merci d’un changement politique. Les Pays-Bas misent eux aussi sur un poste de travail libre.

Pour une TPE, une association ou une mairie, l’enseignement est concret. L’administration d’un Land allemand travaille déjà en grande partie avec LibreOffice et Thunderbird. Même là, une partie des ordinateurs garde Word ou Excel pour des besoins précis : la transition se prépare. Avant de renouveler un abonnement, recensez vos documents et vos usages. Testez ensuite les outils libres sur quelques postes, puis migrez par étapes. Nous pouvons vous aider à préparer cet essai, dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit et dans la mesure de nos disponibilités.

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