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4 novembre 20264 min de lecture

Le CNRS officialise l’abandon d’Exchange pour PARTAGE, la messagerie Zimbra de RENATER

Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a annoncé le 3 novembre 2026 avoir souscrit à PARTAGE, la messagerie collaborative de RENATER. Ce réseau national relie entre eux les universités, écoles et laboratoires français. Le logiciel libre Zimbra remplace ainsi Exchange, la messagerie de Microsoft que l’organisme faisait héberger à l’extérieur. PARTAGE fonctionne en mode SaaS : le service s’utilise en ligne et RENATER l’exploite. Le communiqué du CNRS inscrit ce choix dans sa sortie des GAFAM, et d’abord de Microsoft.

Le changement est d’ampleur. Il concerne les quelque 35 000 agents du CNRS, chacun doté à terme d’une adresse @cnrs.fr sur PARTAGE. S’y ajoutent les boîtes partagées entre collègues et celles des services, soit environ 50 000 au total. Hébergée en France, la plateforme équipe déjà plus de 90 établissements. François Pouget, directeur général délégué aux ressources du CNRS, y voit plus de souveraineté et de sécurité, pour moins cher, grâce à la mutualisation.

Photo de Celette, licence CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Le CNRS chiffre le gain à 3,5 millions d’euros par an, dans le cadre de l’optimisation de ses coûts informatiques. Le 23 juillet 2026, Solutions Numériques avançait un autre ordre de grandeur : une économie de 20 millions d’euros sur six ans. Les deux chiffres ne portent pas sur la même durée, et le communiqué du CNRS ne détaille pas son calcul.

Une bascule engagée dès le printemps

L’annonce de novembre officialise un mouvement déjà bien entamé. Le CNRS a quitté Exchange pour Zimbra en avril 2026, d’après Solutions Numériques. Dès le 9 juillet 2026, Clubic présentait ce départ comme officiel. Le 4 novembre, le même site écrit pourtant que chaque agent « a reçu ou va recevoir » sa nouvelle adresse : la bascule ne semble donc pas achevée.

La transition n’a pas été indolore. Marie-Pierre Fontanel, directrice des systèmes d’information (DSI) du CNRS, a reconnu devant Solutions Numériques une expérience utilisateur dégradée. Elle a cité des difficultés techniques imprévues avec Outlook, le logiciel de courrier installé sur les postes, et un temps de stabilisation nécessaire côté plateforme. Dès le 9 juillet, sa direction assurait à Clubic que ces couacs étaient résorbés. Marie-Pierre Fontanel maintient que la dépendance aux outils numériques extra-européens « expose à un risque stratégique ».

La messagerie n’est qu’un chantier parmi d’autres. L’abonnement à Zoom, l’outil de visioconférence, coûtait au CNRS 400 000 euros par an. Visio, développé par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), l’a remplacé. La suite du programme mène à fin 2029, avec la sortie programmée de Microsoft SharePoint, l’outil qui sert à mettre des documents en commun.

PARTAGE rodé, Zimbra sous réserve

PARTAGE n’a rien d’un service expérimental. La plateforme compte déjà plus de 930 000 utilisateurs, qui envoient quelque 30 millions de messages par an. L’objectif affiché est d’atteindre 1,5 million d’utilisateurs d’ici fin 2027. RENATER exploite Zimbra sur ses propres infrastructures. Pour son directeur général, Boris Dintrans, la messagerie reste le « premier canal d’échanges » des communautés de recherche.

Zimbra appelle cependant une réserve. Le logiciel a été racheté en 2015 par l’éditeur Synacor. Depuis la version 8.5, son code source est publié sous licence GNU GPL version 2 pour la partie serveur et sous licence CPAL (Common Public Attribution License) pour l’interface. Mais les binaires, c’est-à-dire les programmes prêts à installer, ne sont plus en téléchargement libre. Nous l’avions relevé à propos d’une faille exploitée sur des serveurs Zimbra. À notre avis, en confiant Zimbra à RENATER, le CNRS lui délègue aussi la charge de tenir ce logiciel à jour.

La Cour des comptes pousse l’État

Le CNRS devance un mouvement plus large. Dans un rapport publié le 22 octobre 2026, la Cour des comptes relève environ 100 M€ de dépenses en 2025 pour les outils bureautiques et collaboratifs de l’État. Microsoft en capte près de 80 %. La Cour préconise de s’appuyer davantage sur des logiciels libres, dont la puissance publique peut maîtriser les évolutions. Elle propose d’engager le mouvement dès 2027 et de mener la transition en trois à quatre ans. Généraliser les suites libres pourrait dégager entre 30 et 65 M€ d’économies par an. Ce calendrier pourrait conduire à une sortie progressive de Microsoft à l’horizon 2031.

Pour une TPE, une association ou une mairie, la leçon dépasse le cas du CNRS. Changer de messagerie se prépare : recenser les boîtes partagées et de service, tester les logiciels de courrier installés sur les postes, prévoir une période de rodage. Le choix de l’exploitant compte autant que celui du logiciel : un serveur libre mal tenu à jour reste une porte ouverte. Les hébergeurs du collectif CHATONS offrent une piste sans publicité. Nous pouvons aider à évaluer ces options dans le cadre de notre accompagnement bénévole et gratuit, dans la mesure de nos disponibilités.

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